• Au voleur !

    Je ne sais pas s’il est de bon ton de s’épancher auprès de ses amis sur son état de santé, de raconter par le menu ses maladies, pire de détailler ce qui se passe dans les slips…
    Mais mon histoire n’est pas banale, car elle met en cause la technologie de pointe et surtout mon honnêteté.
    Nos corps ont leurs faiblesses, soit par l’hérédité, soit par des usures prématurées dues à des excès de toutes sortes…
    C’est mon cas. Le stress ambiant, les angoisses de la vie, les peurs bien enfuies dans mon inconscient repassent… Je suis un faux nerveux. Je me soumets régulièrement devant mes amis au test des mains qui tremblent. Moi jamais ! Tout reste immobile. Pas le moindre frémissement ! Du moins extérieurement… car dans le « bide »… c’est l’affolement permanent, les grandes orgues, les feux d’artifice !
    Oui, j’ai une maladie chronique : une colite spasmodique.
    Sous l’effet du stress, mon intestin gigote, remue, ne tient pas en place. L’exercice est naturellement douloureux, et inquiétant, ce qui me donne encore un peu plus d’angoisse… Vous avez compris le cercle vicieux de cette maladie !
    Il y a quelques années le professeur, caméra au poing, m’a certifié que ce trouble n’était pas mortel. Il m’a rassuré, en précisant tout de même, que ma radio présentait une belle « pile d’assiettes » et que ses étudiants seraient ravis de voir « un colon irritable de démonstration » (sic) !
    J’en suis très fier, même si mon droit à l’image n’est pas respecté !
    Vous l’aurez compris, même si cette vilaine maladie n’est pas mortelle, je suis suivi régulièrement par la science et c’est très bien ainsi. Je suis un adepte de la prévention.
    Mon intestin et moi, pouvons donc faire l’historique de ces examens médicaux.
    Ames sensibles s’abstenir. Je vous conseille de passer à un autre blog.
    Ceci est fait.

    Donc, puisque nous sommes restés entre ami(e)s ayant du cran, je vous embarque dans les coulisses des anciennes coloscopies…
    Autrefois, le jour de l’examen, vous arriviez chez le spécialiste avec, certes, un intestin propre, ce qui veut dire que depuis la veille vous étiez à la diète et aux laxatifs… mais, surtout avec sous le bras un kilo de plâtre. Je vous rassure, acheté en pharmacie, pas celui utilisé dans le bâtiment. Quoique… Je passe sur les détails de l’examen, puisque rien ne se prenait par la bouche… et lorsque votre ventre, devenu énorme, aurait voulu crier au secours, la table de radiographie vous secouait dans tous les sens pour prendre les clichés du vilain intestin ! Le plus humiliant et le plus difficile était de passer - rapidement - de cette table aux toilettes… Mais quel soulagement !
    Puis la science évoluant, la potion magique a disparu avec les radiographies. L’ère de la caméra est apparue… Moins humiliant ? Pas sûr… pour ceux qui n’étaient pas endormis… Voir en direct sur un écran de télé l’intérieur, de son gros intestin vous faisait comprendre les angoisses des spéléologues… Ici, un coude. Là un siphon. Plus loin, drôle de truc ! On manquait d’air ? Pas de problème, la pompe vous en mettait un petit coup et le « bide » se gonflait…
    Dans tous les cas, ce qui intéresse le patient ; c’est le résultat de l’examen. Si vous le recevez par courrier, il vous faut vite un traducteur, car, si les hiéroglyphes ont disparu, si le traitement de textes donne une lecture lisible des charabias de votre médecin, la compréhension est toujours réservée à une élite ! Bref, quelque soit la méthode d’investigation, la question est toujours la même : « C’est grave docteur ? ».
    Comme, je vous l’ai dit, la visite de mon intestin est régulière comme la visite d’un musée. Même le mardi, je peux me prêter à ce jeu…
    Vous connaissez le parcours qui vous mène à l’examen : - passage obligé, sous peine de sanctions devant votre généraliste, qui en trente secondes rédige le sésame… Puis rendez-vous au spécialiste qui, en trente secondes, vous donne une date, le matin à jeun etc. Et me voici donc, pour la énième fois, à attendre, dans la salle prévue à cet effet, le moment où une jeune femme en blanc me dit « Monsieur X, le docteur vous attend ( !) »
    Je connais bien l’impermanence des choses, l’évolution rapide des mentalités et surtout de la technologie ; mais je dois dire que ce jour là, je suis resté coi !
    De mémoire, voici ce que m’a annoncé le spécialiste de l’endoscopie digestive :
    « Je connais bien, depuis longtemps, votre caractère très neurotonique… J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer, vous allez être mon premier patient sur lequel, je vais pratiquer un examen avec une « gélule électronique ». Il vous suffit d’avaler cette petite chose (Et de me montrer une sorte de gros haricot rouge) et à intervalles réguliers, par un système de transmissions, je contrôle sur mon ordinateur votre tube digestif et le tour est joué. Il vous suffit de rejeter par les voies naturelles la gélule. Plus de caméra, plus de gonflement… »
    Après avoir donné mon accord, j’ai donc avalé, avec une sorte de gélatine, cette boule électronique.
    Effectivement, régulièrement, on venait me chercher pour que j’émette, comme un relais télé, mes images vers les téléspectateurs en blouses blanches. Car, ils étaient une demi-douzaine à admirer la qualité de mon reportage « intra-corpus » ! Et de s’esclaffer : « - fait un retour arrière – donne-nous un zoom – un peu plus de contraste, s’il te plait » etc. Je me demande même, s’ils ne s’intéressaient pas plus à la technicité de leur nouveau jouet qu’à détecter une anomalie quelconque.
    L’examen, enfin terminé, on m’a remercié d’avoir été ce premier cobaye. On n’a pas oublié de me rassurer : « Tout va bien ! »
    Puis, j’ai dû « rendre » la fameuse gélule. C’est là que tout a commencé pour moi…
    J’étais assis depuis plus de dix minutes sur un WC un peu spécial, quand de l’autre coté de la porte une voix sèche m’a demandé si j’avais fini…. Fini quoi ? Je devais « restituer » leur engin. Mais, rien ne venait. Souvenez-vous j’étais à la diète et sous laxatifs depuis deux jours… Un quart d’heure plus tard, la porte s’est ouverte brusquement et là mon sympathique spécialiste de l’endoscopie digestive, le teint livide, m’a demandé de me lever de mon auguste siège. « Rien ! »
    Immédiatement, sur un ton inquisiteur : « Qu’avez-vous fait de la gélule ? » Je lui ai répondu, navré, que rien n’était venu !
    Il ne m’a pas cru !
    Alors d’autorité il m’a gardé une journée en milieu hospitalier, bien sûr pour raisons médicales… et recherches par son ordinateur soi-disant sophistiqué ! Aucun signal ! Aucune image ! Le silence radio absolu ! Rien ! Je suis même certain qu’ils ont fouillé mes affaires. Toujours pas de gélule, et je commençais à avoir sérieusement faim !
    Le surlendemain, un inspecteur de police est venu m’interroger. Pour leur enquête, j’ai décliné toute ma généalogie… Sans doute, pensait-il que je participais à de l’espionnage industriel… Le troisième jour, la gélule n’était toujours pas là !
    Après avoir passé quarante-huit heures en garde à vue, pour les nécessités de l’enquête, devant un juge, spécialiste dans la défense du territoire, (je crois), on m’a signifié ma mise en détention pour « vol par rétention » d’un objet classé je ne sais trop quoi…

    En prison, on ne rigole pas.
    Je me suis retrouvé à poil, avec « palpations diverses » pour la sécurité ! Puis j’ai dû passer dans un détecteur, une sorte de sas électronique…
    Et là, le bonheur de ma vie : L’alarme s’est mise à sonner !
    La gélule était retrouvée dans le méandre d’un tube digestif vraiment incontrôlable.


    Léo Biot -

     

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