• Les déclarations de Léo Biot.

     

    «   Bienvenue à la 4ème révolution industrielle.  »

     

    J’ai lu avec attention et effroi un article annonçant notre futur. Si je suis prudent dans mes lectures (toujours cette crainte de la manipulation mentale…) après recoupements, j’avoue croire que des bouleversements de taille sont à notre porte. Oui, je pense que l’intelligence artificielle va, sous peu, supplanter la nôtre et que l’Homme sera soumis à la volonté des robots…

    Certes cette révolution ne sera pas brutale. D’ailleurs mine de rien elle est déjà en cours. Votre ordinateur, votre tablette, votre téléphone portable s’imposent à votre volonté… Essayez de vous en passer quelques jours…

    Aussi, avec quelques dates, je voudrais vous engager vers  notre devenir.

    2016 :

    À la fin de l'année, les nouveaux téléphones intelligents ont des possibilités de numériser en 3D.

    2018 :

    Les gens ont accès aux premières autos sans conducteur.

    2020 :

    70% de tous les humains auront leur téléphone intelligent. Tout le monde aura donc  le même accès à une éducation mondiale.

    2025 :

    Le prix de l'énergie solaire sera si bas que toutes les mines de charbon ne seront plus exploitées.

    2030 :

    Les ordinateurs seront devenus plus intelligents que les humains.

    2036 :

    L'espérance de vie augmentera de plus d'un an par année. Aussi nous vivrons probablement bien plus que 100 ans.

     

    Bon me direz-vous tout ceci n’est que projections, voire suppositions… Mais, si comme moi, vous vous intéressez un peu à l’un des savants les plus brillants de ce siècle : 

    Stephen Hawking, ce qui précède n’apparaît plus tellement idiot.

    Celui-ci estime – notamment - que la création de « l’intelligence artificielle » est le plus grand événement de l’histoire de l’humanité, mais aussi son ultime création. 

    En effet, le savant démontre que le risque est de voir l’émancipation de cette intelligence allant jusqu’à supplanter, donc dominer, l’intelligence humaine. En effet notre évolution biologique est limitée dans le temps, alors que l’intelligence artificielle évolue à une vitesse toujours croissante.  

    D’ailleurs, il me suffit de revoir l’informatique embarquée sur ma nouvelle voiture, pour m’apercevoir que je ne suis plus maître de rien :

    « Tu roules trop vite – tes pneus sont à regonfler – mets ta ceinture de sécurité – Encore 20 centimètres avant le choc. » Etc. Je ne vous parle pas du GPS qui me dit de « faire demi tour immédiatement… »

     

    Alors demain, notre intelligence aura-t-elle immigrée vers la matérialité pure et éternelle,  laissant les faiblesses de la vie à la mort, au néant ?  Je ne répondrais pas ici – A chacun sa philosophie…

    Léo . Biot . 02/07/2016.

     

     

     

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  • Lettre à ma chaussure gauche.

     

    Un matin, j’ai été surpris la main dans le sac… Enfin la main dans ma chaussure gauche. Je l’avoue publiquement, j’écris à ma chaussure gauche... Alors que je glissais furtivement ma missive dans ma chaussure préférée, ma femme m’a dit :

     «  - Mais que fais-tu ? T’es devenu complètement fou ! J’appelle « SOS-Psy » 

    Ma lettre a été confisquée et je suis en traitement… enfin on essaie, car il est plus facile d’accabler une seule personne que d’en soigner des millions… La folie ne se partage pas, elle se vit !

     

    Voici en exclusivité - pour vous - le corps du délit retrouvé sur mon disque dur :

     ***********************************************

    Chère chaussure gauche !  

     

    Tu le sais depuis toujours j’adore mes pieds, façonnés « grecs » paraît-il. Mais dans l’intimité de nos débats, je dois te dire que je préfère le gauche. Son jumeau le droit est trop vif. Il s’emporte facilement… toujours à cogner dans une boîte de conserve… Moi,  qui ai horreur du foot… mon pied gauche est plus subtil, toujours en retrait, dans les réflexions, voire dans la méditation. Méditer par le pied gauche… tout un art ! Il est sans aucun doute plus intelligent que son frère. Quand je donne un coup de pied au cul, c’est toujours le droit qui est volontaire pour faire le sale boulot.  Comme un gros bêta, avec sa grande gueule,  il était toujours en avant, quand on me faisait marcher au pas !

    Et quand (rarement) on me marche sur les pieds, c’est lui qui prend toujours la première secousse. 

    Il est bête ! (Bête… comme ses pieds !) 

    Bref, tu as donc la chance d’être l’écrin de mon amour de pied gauche. A ce titre je dois donc te remercier, d’être toujours bien propre, bien cirée. T’es vraiment une chaussure à mon pied… gauche. Quand je t’ai achetée, (t’en souviens-tu ?) j’ai commencé par t’essayer. Tu m’allais comme un gant. Je savais par avance que ta sœur m’irait aussi. Je ne pouvais tout de même pas repartir à cloche-pied par amour d’un seul soulier !

    Connaissant la confiance que je porte en toi, je sais en avoir sous la semelle. A moins que ce ne soit l’inverse…  En parlant de semelle, il paraît  que l’usure de la semelle serait - à elle seule - une mémoire, une sorte de « ROM »,  de mémoire morte qui analysée donnerait des informations sur la longueur et la nature des chemins empruntés… On n’arrête pas le progrès !

    Ma chère chaussure gauche, tu es un vrai sujet de réflexion. Quand je cherche à savoir où tes consoeurs se fabriquent dans le monde et que je lis dans le Massachusetts… ben moi ça me fait rire !  (chusetts ! ! !) Je ne suis donc pas étonné qu’Yves Robert t’ait consacré tout un film pour toi : « Le grand blond avec une chaussure noire ». Que de souvenirs… 

    Avec toi, on peut même faire de la philo. Le bon vieux  Pline l’Ancien – à qui je dois mon adage préféré « Nulla dies sine placet » «Pas un jour sans une ligne ! » ne nous interpelle-t-il pas  encore avec ce précepte : « Sutor, ne supra crepidam. » « Cordonnier, ne juge pas plus haut que la chaussure. » ? Hé oui, les prétentieux devraient penser plus souvent à leurs pompes… savoir  où ils les traînent… et cirer moins celles des autres… avant de passer par celles qui leur seront funèbres ! 

    Bref, nous lâcher enfin… les basquettes !

     

    Je terminerai ma bafouille par une vérité sans nom : 

    « Pire qu’une pierre dans la chaussure est un grain de sable dans la capote ! » Oh que oui !

     

    Salut ma chaussure préférée. 

    A bientôt sur mon chemin.

     

    Léo Biot

     

     

     

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  • Ailleurs

     

     

    “ C’est fini ! ”

    Le médecin retira ses gants et s’essuya le front. Voilà maintenant trente bonnes minutes, qu’il essayait de ranimer le pauvre homme. La crise cardiaque n’avait pas pardonné. Le vieux monsieur n’avait pas jugé bon de remercier ses sauveteurs appelés en urgence par son épouse effondrée dans un fauteuil du salon. A elle, on lui prodiguait maintenant les premiers soins. Le choc était rude. Instinctivement, plus qu’avec sa raison, ébranlée, elle comprenait que sa vie, sa vraie vie se terminait à cet instant. Elle savait que plus rien ne serait comme avant. Elle avait déjà en tête des milliers de regrets. Mais à quoi bon… Sa fille allait arriver rapidement. Les pleurs des uns allaient renforcer les pleurs des autres. Ce défunt avait toutes les qualités... comme tous les défunts. Tous allaient le regretter, même le chat qui avait remplacé son chien ! D’autres vieux allaient suivre sous peu le cercueil en se préoccupant surtout de leur propre destin. Les échéances étaient là. Ils en étaient tous conscients, c’est le privilège de l’âge que de se préoccuper surtout de quoi on va mourir. Ainsi va la vie et… sa fin.

    Paradoxalement, le temps passait.

    Ce que l’on racontait était donc vrai. Ce tunnel lumineux qu’il était long. Une douceur inconnue l’envahissait. Il n’avait pas l’intention de refuser ce doux moment. Il était donc vraiment bien mort. 

    “ Alors Jan, vous voici aux portes de l’éternité. ”

    Le voyageur du temps sursauta. Quelle était cette voix étrange ? En d’autres lieux, sans doute, aurait-il essuyé une petite frayeur. Mais là, dans un calme qui le troublait aussi, Jan venait de comprendre qu’il vivait… sa mort !

    Oui sa mort. Son cœur, son bon vieux moteur venait de le lâcher tout bêtement alors qu’il regardait la télévision avec son épouse, main dans la main, comme de vieux amoureux. Ce n’était pas suffisant pour le retenir. La programmation céleste primait sur la programmation télé. Rien ne pouvait la modifier. 

    Il avait de la chance. Pas de douleur. Pas de conscience de sa fin. Pas de frayeur. Pas de regret. Une belle mort,  diront ses amis. Mais mort tout de même et cette voix qui insistait.

    “ Jan à la porte de l’éternité ”. 

    Il n’avait rien à dire, rien à répondre. Il s’en foutait ! D’ailleurs depuis quelques années, cette petite phrase était son leitmotiv, son zen à lui. Etre cool, était devenu un but en fin de vie. Mais ceci n’avait pas été suffisant pour calmer son cœur !

     La voix reprit de plus belle. 

    “ Je suis l’ange Gabriel... ” 

    Jan connaissait l’histoire de cet archange. Dans le grand livre, il avait lu, qu’il annonçait ici et là des naissances. Depuis, tout ce temps, il avait sans doute dû se recycler pour maintenant accueillir les morts ! Le Ciel aussi devait s’adapter aux situations !

    “ Avant de vous admettre dans d’autres espaces, nous aimerions connaître vos sentiments sur votre vie passée. ” 

    Si Jan avait encore eu forme humaine, à cet instant un sourire moqueur aurait empli son visage. Passer un examen à cet endroit le rendait hilare. Dire qu’en bas, où ailleurs, les contrôles en tout genre “ gonflaient ” les humains, voici que, dans le Ciel des anges procédaient eux aussi à ce genre de démarche ! Rire !

    Mais ce test l’excita un peu. Enfin, il allait comprendre les zones d’ombres de sa vie. Le pourquoi du comment. Bref, s’il n’avait pas écrit ses mémoires, ni même pratiqué la généalogie, ce petit retour en arrière ne lui déplaisait pas.

    “ Je vous écoute, Jan ” 

    Gabriel s’impatientait. Que devait-il lui dire ? 

    Lui qui avait cru à un au-delà plus complexe plus sérieux, il se rendait compte que la fameuse formule “ ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ” s’appliquait surtout à la connerie. Etait-ce possible ?  Lui, Jan, avait travaillé à déchiffrer les textes sacrés, à décrypter les moindres signes, le plus petit symbole, en espérant s’approcher d’un Dieu génial qui au “ top ” lui expliquerait la grande horloge. Il n’avait pas eu la chance d’avaler, sans restriction les vérités toutes faites d’une religion fabriquée par ses ancêtres. Mais pourtant une petite musique l’avait invité à travailler cette approche de Dieu. "Aide toi et le Ciel t'aidera…"

    Le temps était donc venu, dans un instant, il saurait pourquoi le monde existait. Enfin on lui donnerait le but de l’existence du “ tout ”, comme du " rien". 

    Le " tout" était-il né du "  rien " ? Il aurait enfin La réponse !

    Là, dans cette après mort terrestre, il deviendrait “ l'Elu ” qu’il avait toujours espéré devenir. Espéré !

    La réalité était tout autre, un ange lui barrait encore la route vers son Dieu Lumière en lui demandant des explications sur sa vie passée. Etait-il tombé dans le labyrinthe d’une administration céleste ?  Sa vie... mais ici, ils la connaissaient tous. Le Ciel, qui était à l’origine de tout et du “ Tout ”, feignait de ne pas connaître son œuvre ! Un gag ! 

    La programmation venait bien d’en haut. Alors à quoi rimait cette mascarade ? 

    Bien que mort, Jan sentit la moutarde lui monter au nez. Sa vie, il allait la connaître et les explications, c’est lui qui les demanderait - Merde alors, ce n’est pas un ange, en phase de recyclage, qui l’intimiderait. Que risquait-il… Il était mort ! Le plus drôle, c’est qu’il n’avait jamais cru aux anges ! Bien, il allait vider son sac. Il ne risquait vraiment plus rien, pour cause… de mort !

    L'ange reprit : " Calmez-vous Jan, vous êtes dans un lieu sacré !" Jan n'y croyait pas… (Façon de parler !) Ce Gabriel profitait de lire dans ses pensées pour le remettre en place. L'inquisition céleste n'avait ni borne ni morale ! Non seulement on lui avait piqué son corps, son véhicule de l'âme et maintenant, on lui volait son intimité. A ce moment là, il eut une pensée pour tous ces suicidés qui voulaient échapper à une vie morose. Si ces malheureux avaient la connaissance de cet au-delà, jamais ils n'auraient osé faire le grand saut. Pire qu'en bas !

    Bon le temps passait ; mais dans l'éternité ça ne se voyait pas trop. Et puis Jan était un curieux. Mort pour mort, autant voir ces fameux autres "espaces". Alors il réfléchit longuement sur sa vie… Sa vie…

    En fin de compte, sa vie était d'une banalité… Il en eut presque honte ! Il ne s'étonna pas si alors, on n'avait jamais parlé de lui dans la presse, s'il n'avait jamais eu matière à écrire un livre ou deux. Aucun scandale. Pire aucun acte de bravoure. Ni héros, ni voyou. Bref, sa vie ressemblait à de la flotte, sans goût, sans saveur. Voilà où il en était à force de respecter les lois, toutes les lois de tous les hommes libres et de bonne morale… Certes, il avait été un petit humaniste à sa façon. Le croyait-il ! Par deux fois, il avait fait traverser la route à des aveugles. Il avait été donneur de sang. Il avait cotisé pour la Croix Rouge et il avait voté au centre pour ne pas froisser ni ses amis de gauche ni ceux de droite. (Le Macronisme n’existait pas encore !) Parce qu'il aimait la nature, il se disait parfois écolo. Il n'aimait pas la chasse ; mais ne crachait pas sur un pâté de lièvre. Pour un peu il serait devenu végétarien ; mais par crainte d'une certaine logique, il se demandait si la salade arrachée ne souffrait pas également… Alors, il se nourrissait comme tout le monde en craignant les OGM ; mais en recherchant les omégas 3 ! Sa femme, il ne l'avait jamais trompé, surtout par manque de temps, car comme tous les hommes normalement constitués, il avait eu ses petits fantasmes. Bien sûr il avait fait quelques excès de vitesse, les robots flics étaient intraitables. Comme tout le monde il avait fauché au bureau quelques feuilles blanches et utilisé largement la photocopieuse pour les polys de sa fille ; mais rien de grave. D'ailleurs quand son entreprise fut délocalisée, il n'imagina jamais que cela puisse être dû à ses menus larcins ! A ce stade de sa réflexion, Jan avait toujours une bonne conscience. Son nouveau copain, Gabriel, était étrangement muet. Alors Jan continua son introspection post mortem. Bien sûr, par manque de temps, il ne s'était jamais penché sérieusement sur la faim dans le monde. D'ailleurs, il se sentait encore à l'aise, puisqu'il avait donné aux restos du cœur quelques boites de haricots, les moins chers, parce qu'il fallait savoir se limiter en tout… Et puis les haricots, ça tient au corps ! Le réchauffement de la planète ? Pour lui, la météo étant déjà la science la plus inexacte qui puisse exister, il était persuadé qu'en la matière l'erreur était à la hauteur de l'incompétence de ces savants. Donc pour Jan pas de problème. Bien sûr, il y avait cette calamité du Sida… Il n'avait pas bronché devant le fléau. Il se sentait protégé… par sa fidélité. Pour les autres, ils devaient sortir couverts… C'est tout ! 

    Plus il réfléchissait, plus il se rendait compte, que sa vie était bien plate, même quelconque. Prétentieux, il avait toujours eu un air condescendant pour ces gens qui se comportaient comme des chiens fidèles, fidèles à leur gamelle ! Lui s'était interrogé sur la distance qui sépare la Terre du Ciel. Lui avait cherché la Lumière où d'autres n'y voyaient que la nuit. Lui avait étudié les plus grands philosophes et un peu la théodicée. Lui… Pourtant, il n'avait pas entendu l'appel au secours de Mère Nature et encore moins celui de ses frères en humanité… Lui ! Mais de quoi s'occupait-il enfin ? Ce Dieu ne lui avait rien demandé. Il lui avait surtout dit, il y a bien longtemps, que son pain serait gagné à la sueur de son front, et que de toutes façons, il retournerait poussière, car il n'était que poussière. Et Lui, le prétentieux, s'était imaginé, qu'il était poussière d'étoiles, presque une supernova !

    Le ronron de ses pensées avait endormi l'ange Gabriel. Sa tête reposait sur un gros nuage blanc. Jan, intrépide décida d'aller se promener aux alentours du sas paradisiaque…

    A quelques pas, dans une légère brume, il crut apercevoir des silhouettes…

    Il fut surpris et heureux de revoir son chien Sniff qui était mort voici trois ans. Jan s'approcha de la bête, espérant que les retrouvailles seraient émouvantes.  Rien de tel, le chien le regarda à peine et poursuivit sa route sans aucune émotion. Jan s'interrogea sur cette curieuse attitude. Son Sniff avait-il perdu la mémoire en perdant la vie ? Etait-il devenu ingrat en l'absence de dépendance à l'écuelle ? Jan avançait doucement comme dans un rêve. Il revoyait ici et là des visages connus disparus de la surface de la Terre depuis quelques années. Leurs traits étaient apaisés. Leur démarche lente et gracieuse donnait une impression de vivre un film au ralenti. Mais, ils étaient tous absents, sans émotions, sans… vie !

    Au détour d'une vague nuée, Jan rencontra son meilleur ami, Jacques, mort, bizarrement voilà cinq ans. Lui comme les autres semblait jouir d'une quiétude magique.

     "Hello, Jacques !" sans être convaincu, Jan interpella son vieil ami. Et ô surprise, le miracle se produisit. Jacques comme réveillé par cette interpellation, roula des yeux et un grand sourire entrava son visage.

    - "C'est toi, Jan ?"

    -  "Mais… Toi, tu me parles !" 

    -  "Oui, je suis dans mes dix minutes de communication… quotidienne…

     Ici tout est silence !"  

    Jacques expliqua rapidement à Jan le fonctionnement de son nouvel environnement.  Gabriel avait sans doute commis une petite faute en le laissant passer ; mais ceci lui faisait tellement plaisir… Puis jacques se laissa aller à quelques confidences sur les coulisses terriennes… C'est ainsi que Jan apprit que son meilleur ami, ici présentement mort, l'avait trompé (certains auteurs écriraient "odieusement", ce qui prouvent qu'ils ne savent pas de quoi ils parlent…) trompé durant de longues années et que finalement le Sida l'avait emporté dans le plus grand secret… D'autres petites confidences furent dévoilées ; mais Jan ne les entendait plus ! 

    Gabriel se réveilla et appela son protégé d'un instant. "Jan voulez vous bien revenir au point de départ ?" 

    Maintenant Jan ressemblait à ces morts célestes. Un zombi ! Dans sa tête un manège infernal s'était mis à tourner : - sa femme – Jacques – leur liaison – le Sida – la mort etc.

    "…vous m'avez bien compris ?" Jan refit surface à la fin de cette phrase prononcée par Gabriel. Comme plus rien ne l'intéressait à présent et pour l'éternité, il répondit machinalement :  "Oui !" 

    Et c'est ainsi que l'effet tunnel s'inversa et qu'il se réveilla, chez lui…

    Manifestement, il se trouvait sur son lit de mort. Il se débarrassa rapidement d'un chapelet qui entravait ses mains. Il était vêtu de son plus beau costume et une cravate noire lui serrait horriblement le cou. Dans le fond de la chambre une chandelle tentait d'illuminer cette pièce sombre. 

    Gabriel l'avait donc renvoyé sur la terre. Il regrettait de ne pas l'avoir écouté plus attentivement. Avait-il raté son examen de passage ? Un silence étrange régnait dans la maison. Il se leva lentement et arpentât son domicile. Sa femme s'était assoupie sur le canapé du salon. Sur la table des faire-part annonçaient sa mort et son enterrement pour le surlendemain… Il caressa le chat toujours en boule sur son coussin préféré. Il ne bougea pas, comme s'il était devenu insensible aux caresses de son maître. Toutes ces émotions lui avaient coupé le souffle. Il ouvrit la porte pour prendre une bonne bouffée d'air frais. Bien qu'ayant pris toutes les précautions, pour ne pas troubler son épouse, l'appel d'air la réveilla. Elle se précipita alors vers la porte pour la refermer prestement. Jan s'attendait à des pleurs, à de grandes effusions. Son retour miraculeux allait donner des émotions fantastiques. 

    Rien ! 

    Son épouse passa à côté de lui, presque sur ses chaussures sans broncher. Comme si elle ne le voyait pas. Une angoisse terrible gagna tout son être… Il commençait à comprendre. Il testa son idée saugrenue.  Devant la glace : rien ! Aucun reflet de lui-même. Il retourna dans sa chambre. Son corps était toujours allongé dans une raideur cadavérique. 

    Jan comprit alors, qu'il serait un fantôme pour l'éternité…ailleurs ! 

     

    Léo Biot   

     

     

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  • Sang

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  • Des fautes d'orthographe où on ne les attend pas

     

    Lu sur : https://www.herodote.net/edito-2018.php

     

    Les Français sont connus pour avoir la passion de l'orthographe. Ils se tourmentent à l’idée de laisser des fautes dans un courrier ou un e-mail et ne manquent jamais de les signaler chez autrui. Ce texte en est la preuve...

     

    Écrire sans faute est, en France plus que dans tout autre pays, une règle de savoir-vivre et le signe de distinction par excellence... Jusque dans les circonstances les plus insolites... C'est ainsi que le marquis de Favras, condamné à mort en 1790, répondit au greffier qui lui transmit la sentence : « Vous avez fait trois fautes d’orthographe » !

     

    On serait cependant étonné d’apprendre que jusqu’au XVIIIe siècle, deux orthographes cohabitaient : celle utilisée par les imprimeurs et celle réservée à la correspondance privée, beaucoup plus souple, à l’instar de nos SMS. On peut lire par exemple dans une lettre du grand Voltaire : « Mon cher philosofe (…), je m’imagine que le termomètre de votre apartement est comme le mien, tout près de l’eau bouillante ».

     

    Bonnet d'âne pour les écrivains (pas tous)

    Notre langue contient tellement de pièges (lettres doubles ou muettes, accents, pluriels irréguliers, traits d’unions…) que nul n’est à l’abri d’une erreur. Y compris les monuments de la littérature. Des fautes d’orthographe ou d’accord se sont ainsi glissées dans La Chartreuse de Parme, Vingt ans après, Du côté de chez Swann ou Alcools. Dans le texte original de Voyage au bout de la nuit, Céline oublia un accent dans cette phrase devenue culte : « L’amour c’est l’infini mis a la portée des caniches ».

     

    Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les écrivains ne brillent pas nécessairement en matière d’orthographe. À la fameuse dictée que proposa Prosper Mérimée à la cour de Napoléon III en 1857, Octave Feuillet et Alexandre Dumas fils commirent respectivement 19 et 24 fautes, tandis que l’ambassadeur d’Autriche, le vieux prince de Metternich (84 ans), réalisa le meilleur score de tous les convives avec seulement trois erreurs (note).

     

    Il y a quelques années, Anne Boquel et Étienne Kern firent paraître aux éditions Payot, Les plus jolies fautes de français de nos grands écrivains, ouvrage pour lequel ils se plongèrent dans les manuscrits originaux et les correspondances. On y découvre quantité d’exemples, de Lamartine à Anouilh en passant par Zola, Cocteau ou même Jules Verne. Ce dernier, décrivant la capitale après le coup d’État de 1851, écrivit ainsi à sa famille : « Les maisons sont criblées de bal ! ». La palme en la matière revient certainement à Honoré de Balzac dont la liste de fautes d’orthographe pourrait remplir un recueil entier.

     

    Si Flaubert préférait sacrifier la grammaire pour la beauté du style, des écrivains prestigieux se sont illustrés par leurs lacunes en conjugaison et ont forgé quelques barbarismes. Citons à cet égard Victor Hugo qui écrivit dans Dieu : « Jusqu’à ce qu’il s’en aille en cendre et se dissoude. » De même Balzac, dans L’interdiction : « Quelle joie de voir une pervenche poindant sous la neige ! »

     

    Fautes volontaires et licences poétiques

    Certaines fautes peuvent nous faire sourire, à l’instar de celle de Maupassant dans La Patronne : « (…) j'entrai dans une brasserie où j'absorbai deux tasses de café et quatre ou cinq petits vers pour me donner du courage ». De même, des auteurs ont parfois recours à une faute d’orthographe pour s’honorer d’un trait d’esprit. C’est le cas de Louis-Ferdinand Céline qui s’apprêtant à visiter l’Autriche en 1933, fit une discrète allusion au nazisme dans une de ses lettres : « Enfin je vais connaître les environs de Vienne et on va remanger de la saussisse ».

     

    En matière d’orthographe, les poètes sont plus chanceux puisqu’ils peuvent camoufler leurs fautes ou barbarismes en invoquant une licence poétique. Dans Le cygne de Baudelaire, on peut lire ainsi : « Eau, quand pleuveras-tu ? ». Autre exemple, en 1963, Louis Aragon fit paraître son recueil de poésies, Le fou d’Elsa, lequel contient le célèbre aphorisme : « L’avenir de l’homme est la femme ». Dans cet ouvrage, le poète écrivit le participe passé du verbe « taire », « tû » au lieu de « tu ».

     

    Parfois, l’absence d’un point ou d’une virgule peut laisser croire, à tort, à une faute d’accord, comme dans le célèbre Pont Mirabeau d’Apollinaire :

    « Sous le pont Mirabeau coule la Seine

    « Et nos amours,

    « Faut-il qu'il m'en souvienne

    « La joie venait toujours après la peine »

     

    Les fautes qui font du buzz

    En 2013, le Bled, manuel de référence en matière d’orthographe, de grammaire et de conjugaison, placarda cette affiche publicitaire dans une librairie de Dunkerque : « Bled en français, en langues, en philo pour vous accompagnez toute l'année ».

     

    Omar m'a tuer (1991)Une journaliste publia la photo qui fit aussitôt le buzz sur les réseaux sociaux, suscitant une pluie de commentaires et quolibets dont l’éditeur se serait bien dispensé.

     

    Certaines fautes d’orthographe sont même passées à la postérité. La plus célèbre est sans aucun doute celle relative à l’affaire Omar Raddad, du nom d'un jardinier accusé en 1991 du meurtre de sa patronne Ghislaine Marchal. Le fameux « Omar m’a tuer » retrouvé en lettres de sang près du corps de la victime donna lieu à une kyrielle de détournements, y compris dans le champ politique.

     

    Les fautes officielles

    Il arrive que des fautes d’orthographe s'égarent dans des documents officiels. En 1939 fut par exemple émis un timbre représentant le cuirassé Clemenceau, orthographié « Clémenceau » (note).

     

     

    Enfin, peu de gens le savent mais une faute d’accord figure en toutes lettres dans la Constitution de la Ve République ! Plus exactement dans l’article 16 qui établit que le chef de l’État peut, dans certaines circonstances, disposer des pleins pouvoirs (disposition qui ne sera appliquée qu’à une seule reprise, lors du putsch des généraux d’Alger en 1961). En voici le texte :

     

    « Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacés d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel. ».

     

    Le mot « menacé » aurait en effet dû s’écrire « menacées » puisqu’il renvoie aux mots « indépendance », « intégrité », et « exécution », tous féminins. Cette phrase n’a jamais été modifiée ou corrigée depuis, l’article 16 ayant simplement été complété d’un alinéa en 2008... Il serait temps que le président de la République se saisisse de l'affaire et corrige l'erreur à la faveur d'un prochain référendum s'il l'on veut éviter une levée en masse des néo-féministes contre cette turpitude machiste !

     

    Pour finir, rappelons les dernières paroles attribuées au père Dominique Bouhours, éminent grammairien du XVIIe siècle : « Je m’en vais ou je m’en vas, l’un ou l’autre se dit ou se disent ».

     

    Julien Colliat

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  • Le Frère du Petit Prince.

     

     

     Sa vie professionnelle ne l’incitait pas à la poésie et encore moins à l’irréel. Pourtant, le destin lui a montré que le monde avait sa part de fantastique. Il faut croire au fantastique !

    Il y quelques années, Alex effectuait un déplacement professionnel, loin de son domicile. Le rendez-vous était fixé au lundi huit heures. Vers quatre heures, alors qu’il s’était égaré dans un chemin vicinal d’une campagne inconnue, sa voiture, une vielle Ford tomba en panne. Pas de chance. Cette brave auto lui avait jusque là toujours rendu de grands services et ne l’avait jamais lâché. Mais, là elle faisait fort. Aucun signe de vie à l’horizon. Le jour se levait timidement. Une belle journée s’annonçait car de la brume montait de la terre. Les oiseaux commençaient à chanter, mais d’homme aucun. Durant quelques minutes il espérait voir venir un fermier ou,  pourquoi pas, la maréchaussée en patrouille. Rien. La région était calme, il n’était pas nécessaire de la surveiller...

    Une église éloignée située à l’Est lui donna l’heure. Ses cloches sonnèrent cinq fois. Cinq fois pour lui rappeler qu’il était en panne, seul et bêtement, depuis plus d’une heure. Il avait essayé de regarder le moteur à défaut de le dépanner. Mais, incompétent, il lui était impossible de voir l’origine de la panne. Il avait cherché. Ses mains noires l’attestaient. Contrarié, il s’était assis au volant, la tête enfoncée dans les épaules, en espérant que le ciel à défaut de son assistance, lui enverrait du secours.

    « Tu peux me dessiner un mouton ? »

    (A ce stade de notre récit, nous demandons à nos lecteurs de ne pas zapper. Nous ne vous rejouons pas la fable du Petit Prince de Saint-Ex. Nous n’avons ni le talent, ni le droit.

    Puisque vous avez bien voulu rester avec nous, nous poursuivons le récit de cette aventure.)

    Durant quelques minutes, Alex cru qu’il devenait fou. Imaginez un instant que vous êtes en présence, en présence réelle, avec un garçonnet qui ressemble comme deux gouttes d’eau au  Petit Prince.  Ça surprend. Non ? Surtout, si celui-ci vous demande de dessiner un mouton. Il y tenait, car il insistât de nouveau.

    « Tu ne veux pas me dessiner un mouton ? »

    Après avoir repris ses esprits, Alex crut comprendre que le voyage de la nuit l’avait fatigué et que l’angoisse de perdre son rendez-vous troublait quelque peu ses neurones. Il avait donc devant lui, un petit garçon d’une ferme voisine, levé tôt, certes et qui se complaisait dans une sorte de  jeu de rôle. Il venait sans doute de découvrir dans son école le génie de SAINT-EXUPERY.

    Notre naufragé de la route ne voulu pas entrer dans ce jeu stupide. 

    « Dis petit, le Petit Prince, je connais, je l’ai lu, il y a longtemps. Alors tu arrêtes de jouer. Je suis en panne de voiture et si tu es un gentil garçon tu vas chercher ton père pour qu’il vienne à mon secours. Tu as compris ? »

    L’enfant le regarda avec des grands yeux clairs, l’air malheureux.

    « Encore ! Les gens me confondent toujours avec le Petit Prince. Moi, je ne le connais pas. D’ailleurs, il paraît qu’il n’a jamais vraiment existé. »

    Ce gosse commençait à l’exaspérer. Il était certainement intelligent, mais surtout agaçant. Au moment où Alex allait le prier de descendre de sa voiture, il lui dit :

    « Tu ne cherches même pas à savoir qui je suis. Sans réfléchir, tu me donnes une identité. Et parce que tu ne sais pas dessiner, tu me chasses de ta voiture… en panne. »

    Notre automobiliste regrettait déjà d’avoir blessé ce jeune garçon qui manifestement connaissait bien la nature humaine. Pour se faire pardonner, il prit une feuille de papier de son attaché-case et il lui dessina un mouton, un beau mouton avec de la laine bien blanche et des pattes plus sombres. 

    « Tiens voilà ton mouton et maintenant indique moi où je puis avoir du secours ».

    « Ce n’est pas un mouton que tu m’as donné, c’est un agneau. »

    Alex sentait monter en lui une colère noire, indigne, certes, mais vraiment noire tout de même.

    « Bon ça suffit, tu connais par cœur le Petit Prince. Tu me refais le coup de SAINT-EX. Je vais finir par te dessiner un mouton dans une caisse et tu me diras : C’est tout à fait comme ça que je le voulais. C’est terminé, avec moi, ça ne marche pas. »

    D’une voix douce, l’enfant répondit :

    « Ne t’énerve pas, ton cœur bat trop vite. Il suffit d’attendre un peu, mon agneau va vieillir, et il deviendra un beau mouton ».

                Attendre. Attendre. Effectivement voilà deux heures qu’il attendait. Qu’il attendait que ça se passe tout seul. Non seulement, il était urgent de gérer sa panne de voiture, mais il devait gérer aussi la présence de ce gosse effronté.

    « Si tu débranches le gros fil rouge, et que tu frottes la cosse,  je crois que ton moteur se mettra en route. Mais, avant il faudrait que mon agneau devienne mouton ».

    Il rêvait. Comme plus rien ne l’étonnait et qu’il était seul à supporter le ridicule, il se précipita sur le moteur pour le dépanner selon les conseils de son passager venu des étoiles. 

    Le garçon l’arrêta net.

    « Attends, je n’ai pas encore le dessin du mouton. »

    Alex ne l’écouta pas, et s’activa sur le moteur. Il débrancha le gros fil rouge,  frotta la cosse et actionna le démarreur. Rien. Alors, d’un ton faussement ironique il adressa un reproche à son dépanneur d’occasion, tout en étant vexé d’avoir mordu à l’hameçon.

    « Je t’ai dis d’attendre, le mouton est en train d’arriver. Attends. »

    Plus le temps passait, plus notre pauvre automobiliste imaginait qu’à son tour il allait tomber en panne, en panne cardiaque. 

    Il n’attendait plus rien quand « le Frère du petit Prince » lui dit :

    « Regarde ton petit agneau est devenu un beau mouton. » 

    Pour Alex, bien sûr son dessin était toujours le même. Aucune différence. Mais, pour être agréable à ce pauvre gosse, hypocritement il fit mine de le croire.

    « Qu’est ce que tu attends ? Ton moteur va marcher. »

    Machinalement, Alex actionna la clé. Le moteur se mit en marche…

     

    Le choc ! 

     

    A cet instant, le conducteur perdu ne savait plus très bien effectivement où il se trouvait ! Mettez-vous à sa place.  Sa préoccupation était de savoir qui était ce gosse aux pouvoirs magiques. 

    « Tu sais, tu es un jeune formidable. Qui t’a appris la mécanique ? » 

    L’enfant le regarda longuement sans répondre. Son silence était pesant. Puis il  dit :

    « De la mécanique, je n’y connais rien. Tu aurais pu faire la même chose avec le fil bleu ou avec le jaune. Ta voiture s’est dépannée toute seule. Il fallait simplement lui donner le temps de se reposer un peu, comme mon agneau avait le temps de vieillir ».

    Logique, non ? Alex n’était pas convaincu par cette pirouette. Sa curiosité le pressait de questionner ce gamin étrange. A ce moment là, son inconscient avait déjà décidé qu’il ne se rendrait pas à ce rendez-vous. Il avait une nouvelle priorité.

    Il l’attaqua bille en tête. « Petit, tu ressembles trop au Petit Prince. Tu connais par cœur son histoire. Et en plus tu sembles pratiquer la magie. Tu viens d’un cirque ? »

    A son habitude, le petit magicien ne lui répondit pas immédiatement. Son silence parut très long.  Enfin, l’enfant se décida à répondre :

    « Tu devrais dessiner de l’herbe pour mon mouton. Il a faim. »

    Interloqué par cette demande, Alex comprit vite qu’il devait en passer par-là, et peut-être satisfaire d’autres caprices pour arriver à ses fins.

    « Tu veux de l’herbe verte ou séchée ? » La phrase à peine dite, qu’il regrettait déjà son ironie.

    « Comme tu veux ! Quand on a faim, on ne fait pas le difficile. » La réponse était juste. Alex avait fort à faire.

    Il dessina donc une botte de foin, assez grosse pour ne pas y revenir de si tôt. Car il commençait à connaître son interlocuteur. Celui-ci parut satisfait de la pitance accordée à son mouton.

    « Tu veux donc connaître mon histoire ? » demanda le sosie du Petit Prince.

    « Oui, oui ! » répondit prestement Alex.

    Le garçonnet entreprit un long monologue : « Je connais, bien sûr l’histoire, cette belle histoire. Elle est lue par tous les enfants de ton monde. Elle vient de l’imaginaire. Dommage que les grandes personnes ne la relisent pas. Elle leur apporterait une autre vision de leur univers. En fait, c’est une leçon pour les grandes personnes. »

    A cet instant, notre « potache malgré lui » avait l’impression d’avoir devant lui un professeur de philo ou de morale. 

    Il ferma les yeux pour mieux se concentrer sur les paroles de son maître. Celui-ci continuait sa dissertation comme s’il passait l’épreuve orale de philo. Alex sut à cet instant, qu’il avait devant lui un surdoué.

    « Contrairement à Montaigne, voire Pascal, je pense que l’imagination n’empêche pas d’atteindre la vérité. D’ailleurs, que savons-nous de la puissance de notre cerveau ? Nous n’en connaissons pas toutes les possibilités. Alors pourquoi rejeter l’imagination comme outil de connaissance ? »

    Alex ne savait plus s’il était dans un demi-sommeil. Quand au bord du délire, au milieu de ce beau monologue, un bruit le fit sortir de sa torpeur.

    Il avait devant lui, derrière le pare-brise la maréchaussée, celle qu’il attendait depuis longtemps, en la personne d’un gendarme qui frappait sur le carreau. Prestement, il baissa la vitre latérale.

     « Vous avez un problème ? » demanda sèchement le gendarme. 

    « Oui, je suis en panne. Enfin, j’étais en panne depuis quatre heures, quand j’ai rencontré le Petit Prince. Enfin, je veux dire son frère. Heu ! » Ça se compliquait pour Alex. C’est alors qu’il s’aperçut que son passager avait disparu. Il n’avait pas emporté son dessin...

    « Le Petit Prince ou son frère ? » questionna le gendarme de plus en plus brutal. 

    « Pas exactement, un gosse qui lui ressemble, en quelque sorte.» Alex s’enlisait. Il le savait. Que faire ?

    « Vous avez rencontré le Petit Prince ou son frère à quatre heures. » répéta le gendarme de plus en plus soupçonneux la main sur son pistolet. 

    Il faut dire que les gendarmes ont deux réflexes. D’abord, ils vous demandent vos papiers, puis,  pour vous humilier, ils vous font souffler dans le ballon. Alex eut droit à la procédure. 

    A ce moment là, comme il savait ne pas être recherché et comme le ballon resterait négatif, il espérait avoir une chance de repartir rapidement puisque sa voiture remarchait. 

    C’était sans compter sur le destin...

    Une phrase claqua dans l’air : « Suivez-nous ! » 

    Arrivé dans la camionnette, un gendarme lui passa les menottes. Il protesta vivement. Réclama l’énoncé de ses droits. Rien aucune réponse. Le silence était aussi sec que les paroles.

    On l’emmena vers ses juges. En cours de route, il entendit un étrange dialogue entre la radio de bord et un enquêteur.

    « Alors, vous l’avez le salaud qui a enlevé le petit berger ? »

    « Oui, pas de problème, avec preuve à l’appui».

     

    Voilà trois ans qu’Alex est en prison préventive pour enlèvement d’enfant. Bien sûr, il clame son innocence. Mais, avec cette saleté de dessin qui joue toujours contre lui, moi son avocat, je sais n’avoir aucune chance de sauver sa tête !

    SAIN-EX  lui ne saura jamais quelle chance il a eu. 

     

    Léo Biot.

     

     

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    La porte d'Angeline.

     

     Je n'ai pas l'intention de vous raconter des balivernes. 

    L'âge est là. Je ne suis plus très jeune, alors des portes, sachez-le, je connais... 

    Celles que j'ai poussées. Celles que je pensais ouvrir alors qu'elles étaient déjà ouvertes. Bêtises ! Celles qui m'ont été claquées au nez. Celles qui sottement sont restées non franchies. J'ai vu des portes d'églises qui ressemblaient à des portes de prisons et l'inverse. J'ai donc appris à me méfier des apparences... 

    Bien sûr, j'ai souvent franchi les portes de la routine, du connu, du reconnu, du rabâché, du désespérément identique. Parfois, un monde nouveau apparaissait, alors là, je restais prudemment sur le seuil avant de franchir le pas, le pas de porte, bien entendu, qui m'engageait et engageait mon vécu vers une autre route. Je ne vous souhaite pas de tomber sur une porte vitrée... sans clenche... Frustration assurée ! Pour aller vite et loin, je voulais toutes les franchir. Jeune fou ! Que de bévues ! J'ai fatigué la machine, sans trop m'en apercevoir ! Un jour, alors que je prenais mon épuisement pour de la sagesse, j'ai ouvert une porte dérobée, qui durant toute ma vie, m'avait échappé. La porte de mon imagination !

    Sur la porte un nom "Angeline". Cela peut vous paraître curieux, mais il arrive que l'on baptise des choses bizarres. Oui, mon inconscient avait donné un nom, ce joli nom à ma muse, celle qui durant toute une vie d'artisan, avait eu la bonté de me permettre de noircir des feuilles blanches pour calmer les angoisses d'un apprenti écrivain, quand il espérait encore rencontrer la gloire au bout de sa plume... Naïf ou prétentieux ?

    - Angeline ? Angeline ? Réponds-moi !

    Était-elle à mon écoute ou vagabondait-elle dans les mondes de la rêverie ? Non elle me répondit.

    « Me voilà mon ami ! Encore une petite panne d'inspiration ? Je t'imagine, j'en ai bien le droit aussi, avec à la main ta plume turbulente, avec son potentiel d'écriture au top niveau, prête à écrire n'importe quoi. Et ta page blanche éternelle. Lamentable. Blanche comme un linge javellisé. Vierge du recto au verso. Silencieuse, muette, inutile, inquiétante. Te voilà perdu entre ces deux mondes. Comment unir ta plume et ton écritoire ? Comment les fusionner avec l'intention secrète d'aboutir à une production ?   La situation est grave puisque te voici à nouveau à ma porte, à la porte de ton imagination, à la porte d'Angeline, pour obtenir, voire m'arracher quelques belles idées, traduire de magnifiques phrases qui gonfleront ton ego comme un ballon de baudruche.

    Allez pousse la porte, entre chez moi. »

     

    La demeure ne m'était pas inconnue. Je me croyais chez moi !

    La température était douce. Un parfum léger éveillait en moi de douces sensations. Une musique tout aussi légère imprimait dans mon cœur une gaieté trop souvent éloignée. Bref tout comme chez soi quand ça va bien.

    « C'est par ici. »

    Angeline était toujours aussi prévenante.  Nos rapports étaient pourtant ambigus. Quand ma plume courait de ligne en ligne, rapide, vive, légère, alerte, autoritaire, Angeline était pour moi... un ange, une bienfaitrice pour laquelle, j'avoue avoir eu des sentiments touchant le cœur et la raison. Normal quoi !

    Mais, quand cette créature, partie secrète de moi-même, refusait d'entendre mes appels angoissés, quand l'encre au bout de ma plume s'asséchait comme une source du désert, je grondais, je pestais contre celle qui manquait à tous ses devoirs.  Car c'est de devoir qu'il s'agit, le devoir d'écriture qui s'impose à ceux qui ont choisi cette religion. Oui, je vous l'avoue, Angeline et moi formons un vieux couple rôdé aux vicissitudes d'une vie toute en dentelle.

    Curieusement, pour la première fois, c'est moi, qui accédais à sa demeure. Était-ce un signe, une reconnaissance ou un changement de stratégie par celle qui avait jusqu'à ce jour su garder son mystère ? 

     

    « Voilà la cuisine. »

    Si le lieu était équipé de meubles fonctionnels et modernes, je remarquais la présence de bons vieux ustensiles d'autrefois. Apparemment, Angeline cuisinait à l'ancienne, avec son savoir-faire et ses mains. Elle confirma mes soupçons.

    « Comme tu viens de remarquer, je mouds les idées avec ce bon vieux moulin. J'émince mes informations avec ce couteau. Et je conserve mes notes dans ces bocaux de verre. Ici, il n'y a pas de notion congelée, ni même de concept lyophilisé et encore moins de cliché déshydraté ! »

    Je compris alors pourquoi la cuisine d'Angeline avait ce goût si particulier, si personnel, un goût qui ne convenait peut-être plus aux consommateurs de proses aux relents d'hamburgers ! Mais taquin, je lui fis remarquer qu'un micro-onde semblait servir ses sauces.

    « Allons mon ami, grâce à cet ustensile, ta plume parfois frétille rapidement au bout de tes doigts. Cet engin a la particularité de frotter les mots les uns aux autres jusqu'à leur échauffement. Ici pas de réchauffé et jamais de plat brûlé ! »

    Je n'imaginais pas mon imagination, la taille ceinte d'un tablier de cuisinière. D'ailleurs, je ne pouvais imaginer quoi que ce soit sans l'intervention d'Angeline. Forcément !

     

    « Si tu veux bien nous allons passer à la salle à manger. »

    Si la cuisine était moderne, cette pièce datait. Les meubles étaient riches. Tous en chêne massif. La richesse des nobles se reconnaît à leurs meubles Angeline était une reine ! Des objets de valeurs étaient délicatement posés sur des napperons brodés main, semblables à ceux fabriqués avec amour par une marraine disparue. Des cadres en or mettaient en valeur des tableaux de maîtres.  Watteau, Boucher, Magritte... Mes préférés ! Mais le plus surprenant était cette grande bibliothèque, où à mon sens des centaines d'auteurs, du plus grand au plus modeste, avaient leurs œuvres alignées dans un ordre de préférence. Grandes signatures et modestes paraphes ! Cette pièce inspirait le respect, l'humilité, la reconnaissance. Nul doute, nous étions dans le temple du temps avec ses références historiques, ses thèses d'un jour et ses antithèses du lendemain, ses certitudes, ses doutes, de tous les temps. Dans ces livres l'Homme y était tout entier et Angeline accommodait chaque page, chaque ligne pour en tirer une autre richesse. Créer est réservé à Dieu, nous tout petit, on ne peut que modifier, transformer avec plus ou moins de bonheur...

    « C'est ici que je relis ces livres et que je reçois les écrivains. » 

    Je fus surpris par cette confidence.

    « Allons, allons, je suis ton imagination. Je peux tout accomplir. Avec moi, il n'y a pas de temps, ni passé, ni futur. L'espace n'existe pas, où je le maîtrise aussi. Il faut bien me nourrir, alors j'interviewe les grands et les petits. Je pique une idée, je la modifie dans la cuisine. Je compresse une idée ou je la dilate. Tes prises de notes, tes réflexions, tes idées me parviennent toutes et je les compare avec mes bases de données. L'imagination c'est un métier ! »

    Toujours sur le ton de la plaisanterie je lui demandai si mes modestes écrits étaient rangés sur ses étagères. Elle rit de bon cœur !  

    « Tu te prends pour un écrivain ? Bien sûr, tu écris... Tu n'as jamais été édité, seule manière pour être reconnu ! Et tu crèves de ce manque de reconnaissance. Je le sais, un écrivain doit naître deux fois... Toi tu es encore en gestation. Patience !

    Si tu étais peintre, tu aurais moins de problème. Une toile dans la cuisine, une toile aux toilettes et mine de rien tu exposerais ton œuvre... Tu n'oseras jamais placer tes feuillets aux W. C. de crainte que l'on t’accuse d'un manque d'hygiène...   Il est vrai aussi, que la critique est plus ferme vis à vis des amis de la plume que vis à vis des teneurs de pinceaux. Moi je te conseille de mettre sur ta carte de visite  « E.E.H. ». Avec cette formule tu ne mentiras pas et surtout avec cette forme de publicité tu interpelleras des lecteurs éventuels. »

    «  E.E.H. ? »

    « Oui, ‘’ Écrivain En Herbe ! ‘’ »  

    L'idée n'était pas stupide. Quelle imagination ! Ravis, j'hurlais, « E.E.H… Écrivain En Herbe ! » Aussitôt Angeline me fit taire.

    « Chut ! Tu veux alerter ma voisine... La folie ? »

    Je me tus immédiatement ! Les environs étaient mal fréquentés.

     

    « Voici la chambre à coucher. »

    Un lit, un grand lit s'ennuyait au milieu d'une grande pièce sans fenêtre. J'eus un drôle de sentiment. Comme un malaise.

    « Je dors là. Pas trop car une imagination en sommeil est une imagination morte. Tu reproches assez souvent mes assoupissements. Alors je me suis arrangée pour que cette pièce soit spartiate. Allez passons. »

     

    Puis Angeline fit une halte devant une grande porte vitrée qui donnait sur un balcon immense. Paysage magique. Le panorama était surréaliste. Etait-ce la campagne ou un bord de mer ? Peut-être aussi les pentes escarpées de montagnes aux neiges éternelles ? Le mélange des genres était troublant. 

    « Il me faut parfois aussi la beauté de la nature pour donner à tes écrits un peu de poésie. » 

    Elle avait raison Angeline. Il faut toujours camper un décor, fixer un cadre, bref situer une action. 

    Angeline me raccompagna à la porte. Je lui demandai si la visite était terminée. Elle me répondit par l'affirmative. Me faisant remarquer avec subtilité, qu'il y avait bien le coin "vide ordure", mais que l'endroit était trop vétuste pour être regardé en raison d'un usage immodéré dans l'envoi au rebut d'idées qui ne tenaient pas la route.

    Arrivé sur le pas de la porte, je lui demandai encore, timidement, si elle ne voulait pas m'accorder une interview dans la salle à manger...

    « Mais tu n'es qu'un écrivain en herbe ! E.E.H ! » Répéta-t-elle !

    La porte claqua derrière moi.

    Garce ! 

     

    Léo-Biot.

     

     

      

     

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