• A Mme du Châtelet

    " Si vous voulez que j'aime encore,
    Rendez-moi l'âge des amours ;
    Au crépuscule de mes jours
    Rejoignez, s'il se peut, l'aurore.

    Des beaux lieux où le dieu du vin
    Avec l'Amour tient son empire,
    Le Temps, qui me prend par la main,
    M'avertit que je me retire.

    De son inflexible rigueur
    Tirons au moins quelque avantage.
    Qui n'a pas l'esprit de son âge,
    De son âge a tout le malheur.

    Laissons à la belle jeunesse
    Ses folâtres emportements.
    Nous ne vivons que deux moments :
    Qu'il en soit un pour la sagesse.

    Quoi ! Pour toujours vous me fuyez,
    Tendresse, illusion, folie,
    Dons du ciel, qui me consoliez
    Des amertumes de la vie !

    On meurt deux fois, je le vois bien :
    Cesser d'aimer et d'être aimable,
    C'est une mort insupportable ;
    Cesser de vivre, ce n'est rien. "

    Ainsi je déplorais la perte
    Des erreurs de mes premiers ans ;
    Et mon âme, aux désirs ouverte,
    Regrettait ses égarements.

    Du ciel alors daignant descendre,
    L' Amitié vint à mon secours ;
    Elle était peut-être aussi tendre,
    Mais moins vive que les Amours.

    Touché de sa beauté nouvelle,
    Et de sa lumière éclairé,
    Je la suivis; mais je pleurai
    De ne pouvoir plus suivre qu'elle

    Voltaire.

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  • Cicatrice

     

    Marcel, l'auxiliaire  du médecin,  plaça sur le marbre, avec méthode le cadavre d’un homme, tandis que le légiste, tout en enfilant des gants résuma au gendarme enquêteur la situation, pour contrôler sa compréhension de sa saisine.

    « Donc, cet homme a été découvert ce matin vers quatre heures par un automobiliste sur le bas côté d'un chemin vicinal. Vos premières constatations ne révèlent aucune trace suspecte. Le médecin requis a pourtant décelé un petit hématome à la base de la nuque et a refusé le permis d'inhumer. C'est correct gendarme ? »

    Le gendarme Nadole fit oui de la tête. Le vieil officier de police judiciaire n'était pas impressionné par la suite des événements. Il savait bien se comporter devant le spectacle peu attirant des autopsies. Ce qui le préoccupait dans l’instant c’était son jeune collègue qui allait assister pour la première fois à cet acte de procédure. Il savait par expérience que tout se joue la première fois. C'est physique. L’O.P.J avait vu des galonnés tourner de l'œil à la première incision, par contre il avait été surpris de rencontrer des jeunes collègues sortant de stage résister aux démembrements. Bien sûr, voir 

    des corps dépecés était horrible ; mais la vérité était à ce prix. Le plus dur pour lui était de combattre les odeurs. Quand un corps avait  macéré trop longtemps, il s'équipait d'un vieil uniforme et emportait un kilo de bonbons mentholés. L'odeur se fixait dans tous les tissus et même une bonne douche n'arrivait pas à effacer l’empreinte.

     

    Chaque plaie fut scrutée.

     

     Avec délicatesse, le médecin légiste enleva les habits du mort. Il les examina avec minutie. Chaque vêtement fut placé dans un conteneur en vue d’analyses plus pointues.

    Le corps nu du cadavre ne laissait apparaître aucune trace de coup, aucune anomalie, ceci corroborait les premières constatations. Le praticien dicta au gendarme ses premières observations : description du corps, mesures diverses, couleurs, aspect etc.… Puis avec un scalpel impressionnant le médecin légiste entreprit de taillader tous les membres, formant des plaies béantes. Le sang figé par la mort coulait peu. Chaque plaie fut scrutée. Le praticien était à la recherche de contusions internes. Rien.

    Maintenant, il fallait ouvrir. Notre vieux routier se mit en retrait quelque peu. Tandis que son jeune adjoint, curieux, s’avança. Les deux lames d’une pince suivaient le sillon fait par le scalpel. Les lames se refermèrent plantées dans le sternum. Un bruit de vieux papier que l’on déchire fit reculer le jeune prétentieux et à chaque côte sectionnée, son teint s’approchait de celui du mort. L’ancien observait la scène avec un plaisir certain. Quand le médecin retira d’un geste sûr tout le poitrail, comme un vulgaire couvercle, l’odeur et la vue des poumons fit chavirer le jeune gendarme qui s’enfuit en s’excusant vers les toilettes. Nadole sut qu’il ne reverrait plus son collègue de sitôt. Lui résistait toujours aussi bien. Il n’en connaissait pas la raison. Les poumons et le cœur furent examinés toujours avec la même minutie. Marcel recueillit les petits dès de chaque viscère pour les placer dans des éprouvettes en vue d’une analyse ultérieure. L’enquêteur expérimenté sortit son mouchoir imprégné de menthol. Moment crucial. Le médecin s’activait à découper et à récupérer le contenu de l’estomac et des intestins. Le menthol était le bienvenu !

    L’homme de l’art semblait préoccupé

     

    Hormis les indications techniques nécessaires à l’enquête, le légiste, contrairement à son habitude ne disait mot. Pourtant, les deux hommes se connaissaient bien et s’appréciaient.  L’homme de l’art semblait préoccupé, alors que rien apparemment ne compliquait ses investigations. Le cadavre vidé fut mis sur le ventre par Marcel. Du sang jaillit d’une cavité et souilla la vieille vareuse du gendarme. Marcel sourd et muet s’excusa par signe. « Madame Nadole aura du travail ! » dit en riant le légiste. Il savait que les femmes de gendarmes sont de précieuses auxiliaires de l’ombre. Le médecin s’attaquait maintenant à cette plaie à la base de la nuque signalée par le médecin. L’autopsie serait totale. Le plus dur pour notre enquêteur était à venir. Le son, oui le son de la scie circulaire sur la boîte crânienne, ça il le supportait mal. Il ne pouvait tout de même pas se mettre des boules de coton dans les oreilles. Il n’aurait plus entendu le rapport du médecin. Il dut supporter… 

    Dans l’immédiat, le légiste ne donna aucune conclusion. Il devait attendre les analyses des prélèvements. Marcel rangea soigneusement au frigo le reste du cadavre.

     

    Nadole récupéra son jeune collègue tout penaud. « Par punition » il lui donna les notes à mettre au clair.

     

    « Chéri, qu’est ce que tu me racontes, il n’y a pas de trace de sang sur ta vareuse. » Effectivement Nadole constata comme Marie, son épouse, que les traces de sang avaient disparu. Il ne comprenait pas.

    Vers 20 heures 40, il reçut un étrange coup de téléphone du médecin légiste qui lui demandait de passer immédiatement à l’institut. « Venez en civil, c’est privé ! »  

    Vingt minutes plus tard, notre vieil O.P.J. pénétrait dans le laboratoire. Le légiste était seul devant le cadavre de l’inconnu examiné le matin même. Tout en retirant ses gants, il lui dit «  Nadole, vous êtes un vieux gendarme que je connais bien. Vous êtes un bon militaire. Vous n’êtes donc pas sans savoir que je suis aussi colonel de réserve. Nous sommes donc tous deux liés au secret militaire. Ce que je vais vous dire relève du secret-défense. Vous comprenez bien ce que cela signifie. ». Salut l’ambiance !

    Le toubib continua : « Le cadavre que vous m’avez ramené ce matin n’est pas un humain. » Nadole faillit défaillir comme son jeune collègue du matin. 

    " C’est une sorte d’extraterrestre. "Pourquoi ?

    Regardez bien, il n’a pas de nombril. J’ai laissé intact le ventre pour bien vous montrer la chose. La plaie à la nuque n’est pas une plaie, mais une sorte de nombril, en forme de prise avec de multiples broches microscopiques. Enfin, le sang n’est pas du sang humain, mais une sorte de liquide volatile. » Le gendarme comprit pourquoi sa veste n’était pas  tâchée.

    Impatient il demanda ce qu’il devait faire. « Pour l’instant, rien. Je vais conclure à une mort naturelle du bonhomme. L’affaire sera classée à l’échelon du parquet. Je vais conserver le cadavre et les analyses. Quant à vous ne cherchez pas trop la famille du type, elle doit être très loin de nous. » Le médecin avait encore de l’humour.

     

    Nadole ficelé dans son secret-défense inventa un gros mensonge à son épouse pour justifier son escapade nocturne. Dans le métier, il faut savoir mentir pour arriver à ses fins.

     

    Si le légiste ne voulait pas bouger, l’O.P.J. excité par cette histoire se jura bien de faire la lumière sur l’affaire de sa vie. Il entreprit donc durant ses heures de repos une enquête sur le sujet. 

    Si, la thèse du légiste était exacte, qui dit extraterrestre dit moyen de locomotion donc O.V.N.I. il s’orienta donc vers la recherche de témoignages dans ce domaine. La gendarmerie est la seule organisation habilité à recevoir ce genre de renseignements. Ça tombait bien !

    Il avait été témoin d’une chose étrange

     

    La consultation des fichiers ne donna pas grand chose. Même rien ! Au sein de son unité, il devint le « spécialiste » en la matière. Ces collègues étaient tout heureux de lui laisser ce genre de travail où l’on retrouve plus de loufoqueries que d’histoire tenant la route. Petit à petit, il se forgea une solide réputation et les plus timorés vinrent lui confier de drôles d’informations relevant souvent du paranormal. Mais notre homme n’était plus le même. Il avait été témoin d’une chose étrange et ses certitudes ne ressemblaient plus à celles du commun des mortels bien installés dans le rationnel ! Nadole devait trier les renseignements, les répertorier, les classer, les recouper. Ce travail là n’était pas productif. Au bout de quelques mois, il sentait monter en lui le découragement. A quoi bon ? Le légiste ne tirait rien de ses diverses analyses. Drôle d’histoire !

     

    Un jour, alors que ce feu sacré commençait à s’éteindre, un fermier du canton vint le voir pour lui signaler qu’au fond de la forêt, il avait découvert un hangar vide qui lui paraissait suspect. 

    Il se rendit seul au hangar

     

    Depuis la nuit des temps, la Terre est visitée par d’étranges engins. Dans des cavernes préhistoriques des graffitis sont loquaces. Ici on parlera de bouclier volant, là de roue de feu etc. Mais depuis la première explosion atomique, les témoignages ont redoublé. Tout a commencé en 1947 lorsqu’un homme d’affaire américain a aperçu les premières soucoupes volantes « modernes ». Depuis, les témoignages affluent avec parfois l’aide des radars…

    Nadole connaissait l’historique de l’ufologie. Il était donc convaincu que la Terre était le centre d’observation de mystérieux visiteurs, qui ne voulaient pas entrer en contact direct avec l’Homme. Il est vrai qu’un observateur de fourmis fera tout pour ne pas nuire au fonctionnement de la fourmilière. Nadole s’imagina alors que ces visiteurs en avaient assez d’être repérés de plus en plus par des hommes de plus en plus éclairés. La solution, ils devaient l’avoir trouvée en se confondant dans le milieu, et en observant l’humain à proximité ; de fait, Nadole en consultant ses fiches se rendait bien compte que des OVNI dans le ciel, il y en avait de moins en moins, et pour cause… Nadole ignorait encore la vérité !

     

     

    Il se rendit seul au hangar signalé par le fermier. Effectivement, bien isolé dans une clairière, un bâtiment gris recouvert de fibrociment semblait abandonné. Avec la précaution d’un vieux singe, notre enquêteur fit le tour du hangar tout en cherchant à exploiter le moindre détail. Au sol, aucune trace de pas ni de pneumatiques. Les fenêtres étaient toutes obstruées par des panneaux. Les deux portes métalliques, solidement cadenassées. Aucune signalisation. Rien. Un petit chemin innocent donnait sur un chemin vicinal mal entretenu. Nadole, non satisfait de ses premières investigations, monta sur un arbre pour avoir une vue de dessus de cette construction. Sa peine, car il monta avec souffrance dans l’arbre, sa peine fut récompensée. Au milieu du toit, invisibles du sol trois brins d’antennes, une petite cheminée et un panneau solaire, donnaient à penser qu’une activité humaine pouvait avoir eu lieu sous ce toit.

    Sa curiosité professionnelle l’emporta sur le respect de sa déontologie. Il décida de passer par une fenêtre. En trois minutes, notre homme s’introduisit dans le hangar… par effraction !

    Surprise. Il s’agissait, non pas d’une activité forestière ou agricole mais d’une activité industrielle à en juger par les machines présentes. L’énergie provenait du panneau solaire et d’une sorte de générateur. Ici des tubes, genre tubes à essais géants, là des bacs avec des liquides bleus. Nadole ne reconnaissait pas le matériel et ne pouvait pas en déduire l’activité clandestine des occupants. Dans un bureau, il constata que des prises servaient à alimenter, sans doute des ordinateurs, mais ceux-ci n’y étaient plus raccordés. Dans un tiroir, il consulta quelques plans. Il ne connaissait pas l’écriture faite de signes inconnus. Des cartes interstellaires se mélangeaient avec des écorchés. Il ne pouvait toujours pas faire la relation. Ceci le gênait beaucoup dans sa démarche. Au hasard, il s’empara de quelques documents et continua ses recherches. Il n’avait pas peur, mais un silence étrange régnait dans ce bâtiment. 

    Une mission spéciale l’attendait

     

    Courageux, notre gendarme éprouvait néanmoins une vilaine sensation, celle d’être observé. Il se contrôla et se dit, surtout pour se rassurer qu’en fait son angoisse venait de ce qu’il se trouvait dans une situation irrégulière vis à vis de la loi. Tout en descendant lentement un petit escalier qui menait à d’autres machines inconnues, un curieux son semblait l'épuiser... Un bourdonnement régulier lui  donnait des vertiges. Son cerveau s'engourdissait. Était-il sous hypnose ? Il glissa et durant un court instant, il perdit connaissance. Sans trop de mal quelques minutes plus tard, il était sur pieds. Le son avait disparu, mais y voyant un signe du destin, il décida de quitter cet endroit étrange.

    Durant plusieurs jours, il garda le silence sur son escapade, malgré des maux de tête dus à sa chute bizarre et des acouphènes codés. Puis n’y tenant plus, il reprit contact avec le légiste, lui avoua son aventure, et lui remit les documents. L’homme de science parut très intéressé par ces renseignements. Il promit de le tenir informé. Le temps passait. Nadole était persuadé, une fois de plus, que le médecin n’avait pas su exploiter les quelques feuilles trouvées au hangar. Pourtant, un soir, il dut à nouveau expliquer à son épouse qu’une mission spéciale l’attendait ce soir là à vingt-et-une heures.  

    Le médecin légiste l’attendait à son domicile privé. Notre enquêteur sut apprécier la marque de sympathie du scientifique. L’habitation était cossue tout en respirant le bon goût. Nadole avait l’habitude de juger aussi les gens sur leur environnement. Trop souvent, il avait à faire à des parvenus. Il préférait de loin les aristocrates, bien éduqués et intelligents. Bref, ce qui l’intéressait surtout à cet instant, c’était les conclusions du professeur. Celui-ci le reçu dans son bureau, loin de son épouse.

    Il était pale, agité. Ceci n’était pas dans ses habitudes. Nadole l’écouta avec attention.

    « Nadole, je ne vais pas à nouveau vous rappeler votre statut professionnel. Avant toute chose, je vous affirme que je suis sain de corps et d’esprit. Je crois aussi que je ne passe pas pour être un farfelu. Voilà, ce que vous avez découvert est surprenant. Je vous ai affirmé, après l’autopsie de l’accidenté de la route, qu’il s’agissait sûrement d’un extraterrestre. Je me suis trompé. » Nadole s’apprêta à réagir. Le médecin ne lui laissa pas le temps d’intervenir. « Attendez, je m’explique. C’est un homme que l’on a transformé en extraterrestre, par des manipulations, je dirais physiques, chimiques, biologiques' et sans doute psychiques. Je ne comprends pas l’absence de nombril. Par contre, la petite cicatrice derrière la nuque sert à relier le nouvel androïde à des machines pour le conditionner. Ce que je crois, c’est que nos visiteurs n’ont peut-être pas d’enveloppe charnelle pour intervenir dans notre monde. Ce sont peut-être des formes d’intelligence sans support matériel, comme des fluides ou des gaz conscients. Ces pensées abstraites voyagent donc sans encombre dans le cosmos, puisque immatérielles. Par contre lorsqu’elles « se posent » sur une planète, elles ont besoins pour agir de prendre la forme des occupants. Je sais tout ceci relève de la folie ; mais Nadole je vous assure que je suis dans le vrai. Sont-ils dangereux ? Je ne sais pas ! Mais vous, je sais que votre vie est en danger. Vous devriez tout arrêter. Pour ma part, j’ai fais incinérer le corps. Je ne m’occupe plus de cette affaire. J’ai une femme et deux enfants. Vous comprenez ? »

     

    Nadole comprenait très bien. Il appréciait d’ailleurs les résolutions du professeur. Curieusement, il n’avait plus envie d’enquêter sur cette affaire. Oui, curieusement. 

    Le destin jouait en sa faveur. Quelques semaines plus tard, le fermier vint lui annoncer que le hangar avait pris feu, qu’il était complètement détruit. Réduit en poudre. Aucune plainte ne fut enregistrée car il s’agissait d’une construction sauvage.

     

     

    Ce soir là Nadole se sentit épuisé. Il terminait une longue enquête sur des escroqueries. La routine pour un officier de police judiciaire. 

    Marie pour le réconforter le cajola, et lui passa la main dans les cheveux. Geste d’amour. 

    « Tiens, chéri,  tu as une petite cicatrice dernière la nuque. Elle est rigolote, elle est bien carrée. »

     

    Nadole ne répondit pas... Il tentait de déchiffrer ses acouphènes.

     

    Léo Biot

     

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  • Lettre à ma chaussure gauche.

     

    Un matin, j’ai été surpris la main dans le sac… Enfin la main dans ma chaussure gauche. Je l’avoue publiquement, j’écris à ma chaussure gauche... Alors que je glissais furtivement ma missive dans ma chaussure préférée, ma femme m’a dit :

     «  - Mais que fais-tu ? T’es devenu complètement fou ! J’appelle « SOS-Psy » 

    Ma lettre a été confisquée et je suis en traitement… enfin on essaie, car il est plus facile d’accabler une seule personne que d’en soigner des millions… La folie ne se partage pas, elle se vit !

     

    Voici en exclusivité - pour vous - le corps du délit retrouvé sur mon disque dur :

     ***********************************************

    Chère chaussure gauche !  

     

    Tu le sais depuis toujours j’adore mes pieds, façonnés « grecs » paraît-il. Mais dans l’intimité de nos débats, je dois te dire que je préfère le gauche. Son jumeau le droit est trop vif. Il s’emporte facilement… toujours à cogner dans une boîte de conserve… Moi,  qui ai horreur du foot… mon pied gauche est plus subtil, toujours en retrait, dans les réflexions, voire dans la méditation. Méditer par le pied gauche… tout un art ! Il est sans aucun doute plus intelligent que son frère. Quand je donne un coup de pied au cul, c’est toujours le droit qui est volontaire pour faire le sale boulot.  Comme un gros bêta, avec sa grande gueule,  il était toujours en avant, quand on me faisait marcher au pas !

    Et quand (rarement) on me marche sur les pieds, c’est lui qui prend toujours la première secousse. 

    Il est bête ! (Bête… comme ses pieds !) 

    Bref, tu as donc la chance d’être l’écrin de mon amour de pied gauche. A ce titre je dois donc te remercier, d’être toujours bien propre, bien cirée. T’es vraiment une chaussure à mon pied… gauche. Quand je t’ai achetée, (t’en souviens-tu ?) j’ai commencé par t’essayer. Tu m’allais comme un gant. Je savais par avance que ta sœur m’irait aussi. Je ne pouvais tout de même pas repartir à cloche-pied par amour d’un seul soulier !

    Connaissant la confiance que je porte en toi, je sais en avoir sous la semelle. A moins que ce ne soit l’inverse…  En parlant de semelle, il paraît  que l’usure de la semelle serait - à elle seule - une mémoire, une sorte de « ROM »,  de mémoire morte qui analysée donnerait des informations sur la longueur et la nature des chemins empruntés… On n’arrête pas le progrès !

    Ma chère chaussure gauche, tu es un vrai sujet de réflexion. Quand je cherche à savoir où tes consoeurs se fabriquent dans le monde et que je lis dans le Massachusetts… ben moi ça me fait rire !  (chusetts ! ! !) Je ne suis donc pas étonné qu’Yves Robert t’ait consacré tout un film pour toi : « Le grand blond avec une chaussure noire ». Que de souvenirs… 

    Avec toi, on peut même faire de la philo. Le bon vieux  Pline l’Ancien – à qui je dois mon adage préféré « Nulla dies sine placet » «Pas un jour sans une ligne ! » ne nous interpelle-t-il pas  encore avec ce précepte : « Sutor, ne supra crepidam. » « Cordonnier, ne juge pas plus haut que la chaussure. » ? Hé oui, les prétentieux devraient penser plus souvent à leurs pompes… savoir  où ils les traînent… et cirer moins celles des autres… avant de passer par celles qui leur seront funèbres ! 

    Bref, nous lâcher enfin… les basquettes !

     

    Je terminerai ma bafouille par une vérité sans nom : 

    « Pire qu’une pierre dans la chaussure est un grain de sable dans la capote ! » Oh que oui !

     

    Salut ma chaussure préférée. 

    A bientôt sur mon chemin.

     

    Léo Biot

     

     

     

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  • Lettre à mon chat.

     

    Ecrire à son chat est sans doute idiot. Qu’importe !

    Parce que tu es en âge de comprendre bien des choses, je t’adresse cette missive pour une petite mise en garde, car tu sais combien nous t’aimons.

    Notre vie a changé, quand ta mère, une chatte « S.D.F. », un matin d’avril, a squatté un recoin du jardin pour donner au monde cinq merveilleux chatons… Durant quelques semaines, ta tribu, dynamique et espiègle a égayé nos longues journées d’été. Que d’émerveillement dans les yeux des petits chats. Que d’amour dans le regard de maman chatte. Des pirates : celui-ci ne sait plus redescendre d’un arbre. Celui-là se pique le nez sur un hérisson imprudent.  Que de gaîté !

    Mais bon sang ne saurait mentir et voilà, que, déjà, les uns après les autres, tous partent vers leur horizon de liberté… Toi, toi seul, pour une cause inconnue, tu as bien voulu rester, te sédentariser en quelque sorte, en semi-liberté, car tu es avant tout un chat libre. Certains oseraient dire demi sauvage, comme si un chat était un animal domestiqué ! 

    Par petites touches, tu t’es imposé dans notre maison, aux heures qu’il te convenait. Tu as su nous faire choisir tes croquettes préférées. Tu as adopté le coussin le plus doux.  Maintenant tu oses miauler sur un ton autoritaire : « Miaou : j’ai faim ! » – « Miaou : je veux sortir ! » « Miaou : je veux entrer » etc.

    Si tes escapades nocturnes nous inquiètent toujours ; tes retours au petit matin, nous offrent des bonheurs sans nom… Tu sais alors ronronner, te frotter, nous cajoler pour obtenir ton lait matinal. Nous ne sommes pas dupe de tes simagrées ! Mais on joue le jeu. On fait semblant de croire que ton amour de chat va vers nos modestes personnes, alors que plus simplement tu es un être programmé par un instinct encore intact. Ton rôle est très important. Il paraît que tu remplaces tous les anxiolytiques et que ton efficacité à dérider les consciences les plus noires est identique à l’antidépresseur le plus connu… Avec toi, notre esprit et notre cœur vont en harmonie sur les chemins qui ne mènent pas tous à Rome. Un grand psy reconnaît le rôle primordial de l’animal dans les foyers. Avec les bêtes nous retrouvons un équilibre dans l’affectif qui nous manque tant par ces temps de grandes manipulations mentales ! Il vaut mieux caresser son chat, que de caresser de noirs projets !  Serais-tu un chat médicament ? Peut-être !  Ce qui est sûr, c’est que depuis ton arrivée dans notre maison, nous allons beaucoup mieux… Bref on t’adore pour ton naturel et les services rendus.

     

    Depuis mon fauteuil, je t’ai observé longuement. Ton corps est parole. Quand tu remues la queue, contrairement au chien, rien ne va plus. Tes oreilles, radars naturels, en arrière, me signifient ton inquiétude… Tes yeux, si étranges, sont emplis d’expressions et quand tous deux nous les fermons, la paix est entre nous, même si je sais que tu triches un peu, en les laissant, en fait, mi-clos…  

    Bien que vrai mâle, tu n’aimes pas les combats. Je t’ai vu quitter ton terrain devant l’ardeur d’un chat plus gros que toi. Serais-tu déjà un sage pour éviter ainsi les voleurs de quiétude ? Tu n’es pas un lâche, il faut le préciser, car je t’ai vu tout de même te battre, j’oserais dire comme un chien, aux moments des amours… Il y a des causes que l’on ne peut abandonner ! 

    Je t’ai vu flâner seul le long des champs, en chasse perpétuelle… Tu rampes, tu te caches, tu flaires, tu t’immobilises durant de longues minutes. Quelle patience !

    Souvent, tu te contentes d’une grosse mouche. Mais je ressens ton plaisir après une détente acrobatique. Ton élasticité, tu la dois sans doute, certes aux croquettes vitaminées, mais surtout à tes dix-huit heures de repos.  Bien des humains devraient t’envier… 

    J’ajoute aussi, que tu n’es pas obligé d’apporter « tes cadeaux » sur l’escalier. Je sais que tu es très fier de tes tableaux de chasse nocturne ; mais, des cadavres de souris sous le pied au petit matin ne sont pas du meilleur goût !  Je sais que tu es programmé ainsi. Personne ne t’a appris à te comporter de la sorte, et je m’interroge sur la puissance de l’instinct fort par rapport à ces intelligences molles voire défaillantes… Vois-tu petit chat tu m’aides aussi à philosopher en fin de vie !  

     

    Si cette lettre, petit chat, peut paraître idyllique, elle te dira aussi ma grande inquiétude. En effet, ce soir, à la tombée de la nuit, je t’ai vu partir comme d’habitude vers tes activités secrètes.  Tu as longé la haie lentement, patiemment à l’affût de la moindre brindille en mouvement… Entre rêve et illusion, tu espérais sans doute ce soir là attraper la proie de ta vie ! Mais, tu m’as surpris, car imprudent, tu as poursuivi ton chemin bien au-delà du raisonnable. En effet, tu as osé traverser le grand carrefour, certes en évitant les voitures : mais que de risques mortels ! Tu es parti ? Je ne sais où en longeant ensuite cette petite rivière…  La nuit était tombée sur la plaine et sur mes illusions. 

    Sais-tu qu’après avoir évité la mort, sur l’asphalte, tu mets ta vie en danger au coin des buissons ? Sais-tu que tous les hommes n’ont pas les mêmes sentiments envers les chats ?    

    Bref, le mythe dit que tu as sept vies… Je te conseille pourtant de bien prendre soin de celle que tu vis. 

    A bientôt petit chat… J’espère ! 

     

    Léo Biot –

     

    Epilogue :

    Fin mars 2008, un soir vers 23 heures,  « Minou » a demandé à sortir… la routine.

    Il n’est jamais revenu !

     

     

     

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