• Lettre à mon chat.

     

    Ecrire à son chat est sans doute idiot. Qu’importe !

    Parce que tu es en âge de comprendre bien des choses, je t’adresse cette missive pour une petite mise en garde, car tu sais combien nous t’aimons.

    Notre vie a changé, quand ta mère, une chatte « S.D.F. », un matin d’avril, a squatté un recoin du jardin pour donner au monde cinq merveilleux chatons… Durant quelques semaines, ta tribu, dynamique et espiègle a égayé nos longues journées d’été. Que d’émerveillement dans les yeux des petits chats. Que d’amour dans le regard de maman chatte. Des pirates : celui-ci ne sait plus redescendre d’un arbre. Celui-là se pique le nez sur un hérisson imprudent.  Que de gaîté !

    Mais bon sang ne saurait mentir et voilà, que, déjà, les uns après les autres, tous partent vers leur horizon de liberté… Toi, toi seul, pour une cause inconnue, tu as bien voulu rester, te sédentariser en quelque sorte, en semi-liberté, car tu es avant tout un chat libre. Certains oseraient dire demi sauvage, comme si un chat était un animal domestiqué ! 

    Par petites touches, tu t’es imposé dans notre maison, aux heures qu’il te convenait. Tu as su nous faire choisir tes croquettes préférées. Tu as adopté le coussin le plus doux.  Maintenant tu oses miauler sur un ton autoritaire : « Miaou : j’ai faim ! » – « Miaou : je veux sortir ! » « Miaou : je veux entrer » etc.

    Si tes escapades nocturnes nous inquiètent toujours ; tes retours au petit matin, nous offrent des bonheurs sans nom… Tu sais alors ronronner, te frotter, nous cajoler pour obtenir ton lait matinal. Nous ne sommes pas dupe de tes simagrées ! Mais on joue le jeu. On fait semblant de croire que ton amour de chat va vers nos modestes personnes, alors que plus simplement tu es un être programmé par un instinct encore intact. Ton rôle est très important. Il paraît que tu remplaces tous les anxiolytiques et que ton efficacité à dérider les consciences les plus noires est identique à l’antidépresseur le plus connu… Avec toi, notre esprit et notre cœur vont en harmonie sur les chemins qui ne mènent pas tous à Rome. Un grand psy reconnaît le rôle primordial de l’animal dans les foyers. Avec les bêtes nous retrouvons un équilibre dans l’affectif qui nous manque tant par ces temps de grandes manipulations mentales ! Il vaut mieux caresser son chat, que de caresser de noirs projets !  Serais-tu un chat médicament ? Peut-être !  Ce qui est sûr, c’est que depuis ton arrivée dans notre maison, nous allons beaucoup mieux… Bref on t’adore pour ton naturel et les services rendus.

     

    Depuis mon fauteuil, je t’ai observé longuement. Ton corps est parole. Quand tu remues la queue, contrairement au chien, rien ne va plus. Tes oreilles, radars naturels, en arrière, me signifient ton inquiétude… Tes yeux, si étranges, sont emplis d’expressions et quand tous deux nous les fermons, la paix est entre nous, même si je sais que tu triches un peu, en les laissant, en fait, mi-clos…  

    Bien que vrai mâle, tu n’aimes pas les combats. Je t’ai vu quitter ton terrain devant l’ardeur d’un chat plus gros que toi. Serais-tu déjà un sage pour éviter ainsi les voleurs de quiétude ? Tu n’es pas un lâche, il faut le préciser, car je t’ai vu tout de même te battre, j’oserais dire comme un chien, aux moments des amours… Il y a des causes que l’on ne peut abandonner ! 

    Je t’ai vu flâner seul le long des champs, en chasse perpétuelle… Tu rampes, tu te caches, tu flaires, tu t’immobilises durant de longues minutes. Quelle patience !

    Souvent, tu te contentes d’une grosse mouche. Mais je ressens ton plaisir après une détente acrobatique. Ton élasticité, tu la dois sans doute, certes aux croquettes vitaminées, mais surtout à tes dix-huit heures de repos.  Bien des humains devraient t’envier… 

    J’ajoute aussi, que tu n’es pas obligé d’apporter « tes cadeaux » sur l’escalier. Je sais que tu es très fier de tes tableaux de chasse nocturne ; mais, des cadavres de souris sous le pied au petit matin ne sont pas du meilleur goût !  Je sais que tu es programmé ainsi. Personne ne t’a appris à te comporter de la sorte, et je m’interroge sur la puissance de l’instinct fort par rapport à ces intelligences molles voire défaillantes… Vois-tu petit chat tu m’aides aussi à philosopher en fin de vie !  

     

    Si cette lettre, petit chat, peut paraître idyllique, elle te dira aussi ma grande inquiétude. En effet, ce soir, à la tombée de la nuit, je t’ai vu partir comme d’habitude vers tes activités secrètes.  Tu as longé la haie lentement, patiemment à l’affût de la moindre brindille en mouvement… Entre rêve et illusion, tu espérais sans doute ce soir là attraper la proie de ta vie ! Mais, tu m’as surpris, car imprudent, tu as poursuivi ton chemin bien au-delà du raisonnable. En effet, tu as osé traverser le grand carrefour, certes en évitant les voitures : mais que de risques mortels ! Tu es parti ? Je ne sais où en longeant ensuite cette petite rivière…  La nuit était tombée sur la plaine et sur mes illusions. 

    Sais-tu qu’après avoir évité la mort, sur l’asphalte, tu mets ta vie en danger au coin des buissons ? Sais-tu que tous les hommes n’ont pas les mêmes sentiments envers les chats ?    

    Bref, le mythe dit que tu as sept vies… Je te conseille pourtant de bien prendre soin de celle que tu vis. 

    A bientôt petit chat… J’espère ! 

     

    Léo Biot –

     

    Epilogue :

    Fin mars 2008, un soir vers 23 heures,  « Minou » a demandé à sortir… la routine.

    Il n’est jamais revenu !

     

     

     

    Partager via Gmail

    4 commentaires
  •  

    Frater-animalité !

     

    Frater-animalité !

    On n'avait pas le même sang.

    On ne mangeait pas à la même table.

    On ne parlait pas la même langue

    On n'avait pas les mêmes intérêts.

    Pourtant tu étais mon frère !

    On dormait dans la même pièce.

    On jouait souvent de concert.

    On craignait le même mauvais temps.

    On était tous deux curieux de tout.

    Car tu étais mon frère.

    Ça nous donnait un air complice,

    Honnête et sans façon,

    Accordé sur toute la ligne,

    Toi et moi, nous nous aimions.

    Comme deux frères !

     

    A Spirou

    - mon chat aimé - parti trop tôt.

    25-01-2011.

    Léo – Biot -

     

    Partager via Gmail

    2 commentaires
  • « Je viens pour la panne ! »

    « A quel malheur d’avoir un mari… bricoleur ! » Nos anciens se souviennent de cette chanson. Pour ma part, j’en ferai dès à présent mon adage préféré. Voici l’histoire !

    Tout a commencé un vendredi 13. Ce n’est pas une blague ! Habituellement, le 13 me porte bonheur. J’ai fais un tas de choses un 13 et parfois même les vendredis 13 ; mais, pour une fois tout  a basculé dans le négatif.  

    Je suis retraité. Je sais, on me dit que j’ai encore une voix jeune ; mais quand j’écris personne ne peut m’entendre et c’est bien dommage ! J’ai tout de même encore le goût de plaisanter ! ET pourtant !

    Je ne suis plus en activité et donc, je ne compte plus le temps, alors que le temps compte trop vite… pour moi ; mais c’est une autre histoire…  Tout ça pour dire, que je me lève chaque jour vers neuf heures. J’entends certains dire, « il a de la chance ! » Je l’admets mais durant toute ma vie active,  je me suis levé, moi aussi, souvent de très bonne heure et aujourd’hui ma vieille carcasse a besoin de repos. « Qui veut voyager loin ménage sa monture ! » et  « Qui prend garde à sa silhouette, reste sous la couette ! »

    Bref, parce que j’ai donc le temps  pour moi, et surtout parce que c’est bien agréable, même à nos âges, je me fais encore un petit coup de « triumph » de temps en temps ! Ce jour là, ce  fut ma dernière joie avant longtemps. En effet dix minutes plus tard, mon épouse, à son tour, tenta la même démarche. Patatras ! Elle revint affolée du bout de la maison en hurlant : 

    « Chéri le ‘’ triumph’’  ne marche plus ! » 

    Sur le coup, j’ai cru qu’elle plaisantait ; mais la gravité de son visage, ses tremblements et les sanglots dans sa gorge m’ont  fait comprendre dans l’immédiat que « triumph » venait de nous lâcher. Bien sûr vu de loin, se mettre dans un tel état pour si peu de chose peut paraître infantile ! Mais si je précise que ce « triumph » datait de 1924, qu’il était le seul héritage transmis par mon beau-père et que nous l’utilisions avec parcimonie par respect au caractère historique  de la situation,  on peut comprendre l’état d’esprit de mon épouse.

    Naturellement, comme dans tous les vieux couples, aussitôt mon  épouse chercha la faille dans cet incident ! 

    « T’es sûr d’avoir respecté l’entretien ? Tu t’en es servi le dernier. Tu n’en as pas trop abusé ? » Voilà les deux questions types qui ont pourri toute ma matinée, car la répétition devenait, à force, lassante !  Mais que faire devant une épouse complètement perdue ? Je l’ai rassurée à ma façon en maniant, comme je sais le faire, la vérité et des petits mensonges pour rester  crédible. J’ai promis des choses… J’ai désamorcé la bombe qui risquait de se transformer en dépression. 

    J’ai d’abord prouvé, à l’aide de mon cahier, que tous les contrôles, à mon niveau, avaient été effectués en temps et en heure ! J’ai démontré avec l’aide du compteur, encore en état, que ma dernière utilisation de « triumph » restait dans les normes et surtout dans le cadre de nos conventions. Avec ces deux arguments ma responsabilité était donc dégagée. Mais, il restait  encore à tenir ma promesse en matière de dépannage ! 

    Je m’y suis attelé avec une insouciance sans doute due à la pression mise sur mes épaules par mon épouse complètement affolée.

    Si vous me connaissez un peu, la situation vous apparaîtra brusquement clownesque : oui, je le confesse, je suis un piètre bricoleur ! Tout est là, dans mon incapacité à mettre mon intelligence (j’en ai un peu) au service de mes mains (j’en ai deux) !  Une seule fois mes amis m’ont surpris avec un tournevis dans la main. Ils m’ont demandé, sans rire, de reposer l’outil. Ils m’ont en quelque sorte désarmé, craignant que je ne me blesse ! C’est dire la réputation que je traîne.  Me voilà  donc seul devant notre cher « triumph » dans un isolement complice. Pour être précis, je dois vous dire que mon épouse a placé « son triumph » sous l’escalier à l’abri des regards indiscrets. Il faut toujours être prudent quand l’héritage vous a donné ce genre de responsabilité ! Avec des précautions infinies, j’ai retiré le carter, j’ai scruté les trois fils de couleurs – bleu – rouge et  jaune. J’ai évalué le niveau des pressions. Tout paraissait  normal. Pas de trace de feu. Pas de fuite. La réserve énergétique était bien au-dessus du niveau le plus bas toléré. Rien. Pour moi, « triumph » devait encore fonctionner de longues années. Avec les mêmes précautions j’ai replacé  le carter. Visiblement, la panne n’était pas de mon ressort ! Mon épouse se trouva au plus mal en apprenant mon incapacité à lui rentre opérationnel le « triumph » de son papa. Aussitôt dans un élan de générosité, à moins que je ne sois plus intéressé par  ma tranquillité, je lui ai proposé de contacter un spécialiste. Elle a accepté immédiatement. Son premier « prozac » donnait déjà des résultats !

    Au pied du mur, durant plusieurs heures je me suis débattu avec des adresses erronées, des artisans absents. Seul la puissance d’un bon moteur de recherches sur le Net m’a donné la solution. Rendez-vous fut pris le surlendemain à quatorze heures. Mon épouse était  à la fois soulagée ; mais aussi chagrinée par ce sevrage durant quelque temps !   

    Je me souviendrais longtemps de cette matinée surréaliste. 

    Vers 10 heures, on sonna à la porte. J’ouvris à peine surpris à l’ouvrier qui venait pour dépanner « triumph » ! Aussitôt, je fus rassuré par son allure. Ni trop jeune, pour ne pas avoir de l’expérience ; ni trop vieux,  pour ignorer les innovations. Prêt à en découdre avec l’appareil récalcitrant, il avait déjà à la main la panoplie du parfait bricoleur. 

    « Je viens pour la panne ! » 

    Aussitôt, je lui montrai l’endroit où était entreposée cette sacrée machine. A la vue de « triumph », je vis le visage de l’ouvrier changer de couleur. 

    - « Quoi ? C’est cette machine là que vous voulez que je dépanne ? » 

    Je fus surpris par cette attitude ! 

    - «  Pourquoi, vous ne connaissez pas ce modèle ? » 

    Tout en s’asseyant  l’air dubitatif, sur  sa boîte à outils, il me rétorqua : 

    - « Mais vous êtes en infraction… C’est le modèle « modes’t ! » » 

    - « En infraction ? En vertu de quoi ? » 

    - « En vertu de la loi bien sûr qui depuis plus de quinze ans interdit la détention de ce genre de machine du type « modes’t ».

    L’ouvrier, me voyant, blêmir, m’expliqua, gentiment, sur un ton rassurant et longuement, l’évolution de la législation et les mesures de rétorsions qu’encouraient les propriétaires de tels engins. Mon épouse qui s’était rapprochée, faillit se sentir mal. Bref, la situation se compliquait. J’entrepris alors d’amadouer mon interlocuteur et à force de persuasion, il finit par bien vouloir jeter un œil sur cette satanée machine et me précisant bien qu’il n’avait rien vu. Son diagnostique fut immédiat : 

    « C’est le compresseur. Il est foutu ! » 

    J’entrepris alors un long plaidoyer pour tenter une réparation même sommaire. Une éclaircie apparut quand mon interlocuteur me fit comprendre…  que sous le manteau… il pouvait encore se procurer certaines pièces interdites. Je conclus rapidement l’affaire en scellant notre contrat par une bonne poignée de main, heureux ; mais inquiet, car c’était la première fois que je bravais un interdit. Tout ça pour l’amour de mon épouse qui une larme à l’œil comprenait le sacrifice  à mon honneur, que je faisais en prenant ce genre de risque. 

    Quelques jours plus tard, tard dans la soirée, une voiture s’arrêta, silencieusement, devant chez nous. Notre homme avait tenu parole. Il s’engouffra dans le couloir avec un gros objet  sous le bras, caché dans un chiffon. 

    « Ca y est, j’ai la pièce. Mais c’est pas donné ! » 

    Pris à la gorge, je dus allonger, tout en liquide, quelques 500 euros. C’était le prix à mettre pour redonner à « triumph » une autre jeunesse et à nous quelques bienfaits rares ! 

    « L ‘opération » dura une heure trente. Un test rapide prouva que notre « ouvrier-sauveur » était un spécialiste. Pour le remercier, nous prîmes le champagne comme si nous fêtions une naissance. 

    Notre nuit courte fut agitée. Avec mon épouse, nous avons refait notre histoire et celle de « triumph ».  J’ai compris cette nuit-là que les objets avaient une âme et que leur mort était aussi angoissante que la nôtre ! 

    L’histoire aurait pu s’arrêter là ; mais c’était sans compter sur le destin. 

    Un matin, à six heures, des coups de sonnette agressifs nous ont réveillés. Devant chez nous deux fourgons de gendarmerie, immédiatement, j’ai pensé  à un accident grave survenu à un membre de notre famille. Affolé j’ai ouvert aux forces de l’ordre et là sans ménagement, le chef m’a dit :

     « Nous venons perquisitionner votre domicile. Nous avons une commission rogatoire du juge. ! » 

    Je n’ai pas su répondre et déjà cinq gendarmes s’éparpillaient dans la maison. J’ai alors osé, timidement, une question : 

    « Vous cherchez quoi ? » 

    « Nous sommes sur un trafic de pièces interdites touchant des matériels prohibés et notamment des  « triumph » anciens. On vous suspecte d’être un dangereux receleur… » 

    Les choses étaient claires. Il y avait erreur sur la personne. Je jurai mes grands dieux que j’étais un honnête citoyen, un retraité paisible qui payait ses impôts et qui n’appartenait à aucune association hormis l’amicale des tireurs à l’arc ! 

    Le chef des gendarmes ne fut pas impressionné par mes propos. Tout bascula, quand un enquêteur découvrit « triumph » sous l’escalier ! 

    « Chef, chef, ça y est, on a trouvé un « modes’t » ! 

    Visiblement, cette découverte réjouissait la gent « gendarmique » ! La perquisition redoubla de précision. Ma femme sanglotait sur le lit. Quant à moi,  j’avoue ( ! ) que je ne savais plus très bien où j’en étais ! Après avoir signé quelques feuilles, j’ai été embarqué dans un fourgon avec à mes côtés « triumph » à jamais débranché. 

    Dans les locaux de la gendarmerie on tenta de me faire avouer que j’étais la plaque tournante d’un réseau spécialisé dans le trafic de pièces prohibées. J’ai tenu le coup. Je n’ai jamais parlé de la réparation de fortune. Non pas que je sois un brave type ; mais tout simplement j’ai peur des rétorsions ! Mes négations et la présence de mon avocat n’ont pas suffi. 

    Je suis maintenant en prison, en prévention pour les besoins de l’enquête. Ca fait huit mois ! C’est mon histoire, elle est peut-être banale pour vous ; mais en conclusion je vous donne un conseil, contrairement à l’idée reçue : 

     

    « N’ayez jamais le triumph modes’t ! » 

     

    C’est interdit ! 

    Léo – Biot -

     

    Partager via Gmail

    4 commentaires
  • Souffrance

    Ils l’ont jeté dans le cachot mouroir

    Enveloppe humaine dérisoire

    Ils l’ont jeté dans le cachot espoir

    Calice des œuvres expiatoires

    Il ne comprenait pas sa souffrance

    Pour quel crime cette errance

    Il ne comprenait pas cette arrogance

    Aveuglé par tant d’ignorance

    Une lueur naît au tréfonds de son être

    Éclairage miroir des trois fenêtres

    En sa face l’amour pénètre

    En chemin vient la reconquête

    Une lutte intime s’opère dans l’œuf

    Condamnées à mort ses vérités sans âge

    Soudain revit en lui l’homme neuf

    Son juste combat est celui des sages

    Ils l’ont repris du cachot mouroir

    Drapé d’oripeaux expiatoires

    Ils l’ont délivré du cachot espoir

    Sans comprendre son histoire

     

    Léo Biot 

     

    Partager via Gmail

    4 commentaires
  • A Mme du Châtelet

    " Si vous voulez que j'aime encore,
    Rendez-moi l'âge des amours ;
    Au crépuscule de mes jours
    Rejoignez, s'il se peut, l'aurore.

    Des beaux lieux où le dieu du vin
    Avec l'Amour tient son empire,
    Le Temps, qui me prend par la main,
    M'avertit que je me retire.

    De son inflexible rigueur
    Tirons au moins quelque avantage.
    Qui n'a pas l'esprit de son âge,
    De son âge a tout le malheur.

    Laissons à la belle jeunesse
    Ses folâtres emportements.
    Nous ne vivons que deux moments :
    Qu'il en soit un pour la sagesse.

    Quoi ! Pour toujours vous me fuyez,
    Tendresse, illusion, folie,
    Dons du ciel, qui me consoliez
    Des amertumes de la vie !

    On meurt deux fois, je le vois bien :
    Cesser d'aimer et d'être aimable,
    C'est une mort insupportable ;
    Cesser de vivre, ce n'est rien. "

    Ainsi je déplorais la perte
    Des erreurs de mes premiers ans ;
    Et mon âme, aux désirs ouverte,
    Regrettait ses égarements.

    Du ciel alors daignant descendre,
    L' Amitié vint à mon secours ;
    Elle était peut-être aussi tendre,
    Mais moins vive que les Amours.

    Touché de sa beauté nouvelle,
    Et de sa lumière éclairé,
    Je la suivis; mais je pleurai
    De ne pouvoir plus suivre qu'elle

    Voltaire.

    Partager via Gmail

    2 commentaires
  • Au voleur !

    Je ne sais pas s’il est de bon ton de s’épancher auprès de ses amis sur son état de santé, de raconter par le menu ses maladies, pire de détailler ce qui se passe dans les slips…
    Mais mon histoire n’est pas banale, car elle met en cause la technologie de pointe et surtout mon honnêteté.
    Nos corps ont leurs faiblesses, soit par l’hérédité, soit par des usures prématurées dues à des excès de toutes sortes…
    C’est mon cas. Le stress ambiant, les angoisses de la vie, les peurs bien enfuies dans mon inconscient repassent… Je suis un faux nerveux. Je me soumets régulièrement devant mes amis au test des mains qui tremblent. Moi jamais ! Tout reste immobile. Pas le moindre frémissement ! Du moins extérieurement… car dans le « bide »… c’est l’affolement permanent, les grandes orgues, les feux d’artifice !
    Oui, j’ai une maladie chronique : une colite spasmodique.
    Sous l’effet du stress, mon intestin gigote, remue, ne tient pas en place. L’exercice est naturellement douloureux, et inquiétant, ce qui me donne encore un peu plus d’angoisse… Vous avez compris le cercle vicieux de cette maladie !
    Il y a quelques années le professeur, caméra au poing, m’a certifié que ce trouble n’était pas mortel. Il m’a rassuré, en précisant tout de même, que ma radio présentait une belle « pile d’assiettes » et que ses étudiants seraient ravis de voir « un colon irritable de démonstration » (sic) !
    J’en suis très fier, même si mon droit à l’image n’est pas respecté !
    Vous l’aurez compris, même si cette vilaine maladie n’est pas mortelle, je suis suivi régulièrement par la science et c’est très bien ainsi. Je suis un adepte de la prévention.
    Mon intestin et moi, pouvons donc faire l’historique de ces examens médicaux.
    Ames sensibles s’abstenir. Je vous conseille de passer à un autre blog.
    Ceci est fait.

    Donc, puisque nous sommes restés entre ami(e)s ayant du cran, je vous embarque dans les coulisses des anciennes coloscopies…
    Autrefois, le jour de l’examen, vous arriviez chez le spécialiste avec, certes, un intestin propre, ce qui veut dire que depuis la veille vous étiez à la diète et aux laxatifs… mais, surtout avec sous le bras un kilo de plâtre. Je vous rassure, acheté en pharmacie, pas celui utilisé dans le bâtiment. Quoique… Je passe sur les détails de l’examen, puisque rien ne se prenait par la bouche… et lorsque votre ventre, devenu énorme, aurait voulu crier au secours, la table de radiographie vous secouait dans tous les sens pour prendre les clichés du vilain intestin ! Le plus humiliant et le plus difficile était de passer - rapidement - de cette table aux toilettes… Mais quel soulagement !
    Puis la science évoluant, la potion magique a disparu avec les radiographies. L’ère de la caméra est apparue… Moins humiliant ? Pas sûr… pour ceux qui n’étaient pas endormis… Voir en direct sur un écran de télé l’intérieur, de son gros intestin vous faisait comprendre les angoisses des spéléologues… Ici, un coude. Là un siphon. Plus loin, drôle de truc ! On manquait d’air ? Pas de problème, la pompe vous en mettait un petit coup et le « bide » se gonflait…
    Dans tous les cas, ce qui intéresse le patient ; c’est le résultat de l’examen. Si vous le recevez par courrier, il vous faut vite un traducteur, car, si les hiéroglyphes ont disparu, si le traitement de textes donne une lecture lisible des charabias de votre médecin, la compréhension est toujours réservée à une élite ! Bref, quelque soit la méthode d’investigation, la question est toujours la même : « C’est grave docteur ? ».
    Comme, je vous l’ai dit, la visite de mon intestin est régulière comme la visite d’un musée. Même le mardi, je peux me prêter à ce jeu…
    Vous connaissez le parcours qui vous mène à l’examen : - passage obligé, sous peine de sanctions devant votre généraliste, qui en trente secondes rédige le sésame… Puis rendez-vous au spécialiste qui, en trente secondes, vous donne une date, le matin à jeun etc. Et me voici donc, pour la énième fois, à attendre, dans la salle prévue à cet effet, le moment où une jeune femme en blanc me dit « Monsieur X, le docteur vous attend ( !) »
    Je connais bien l’impermanence des choses, l’évolution rapide des mentalités et surtout de la technologie ; mais je dois dire que ce jour là, je suis resté coi !
    De mémoire, voici ce que m’a annoncé le spécialiste de l’endoscopie digestive :
    « Je connais bien, depuis longtemps, votre caractère très neurotonique… J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer, vous allez être mon premier patient sur lequel, je vais pratiquer un examen avec une « gélule électronique ». Il vous suffit d’avaler cette petite chose (Et de me montrer une sorte de gros haricot rouge) et à intervalles réguliers, par un système de transmissions, je contrôle sur mon ordinateur votre tube digestif et le tour est joué. Il vous suffit de rejeter par les voies naturelles la gélule. Plus de caméra, plus de gonflement… »
    Après avoir donné mon accord, j’ai donc avalé, avec une sorte de gélatine, cette boule électronique.
    Effectivement, régulièrement, on venait me chercher pour que j’émette, comme un relais télé, mes images vers les téléspectateurs en blouses blanches. Car, ils étaient une demi-douzaine à admirer la qualité de mon reportage « intra-corpus » ! Et de s’esclaffer : « - fait un retour arrière – donne-nous un zoom – un peu plus de contraste, s’il te plait » etc. Je me demande même, s’ils ne s’intéressaient pas plus à la technicité de leur nouveau jouet qu’à détecter une anomalie quelconque.
    L’examen, enfin terminé, on m’a remercié d’avoir été ce premier cobaye. On n’a pas oublié de me rassurer : « Tout va bien ! »
    Puis, j’ai dû « rendre » la fameuse gélule. C’est là que tout a commencé pour moi…
    J’étais assis depuis plus de dix minutes sur un WC un peu spécial, quand de l’autre coté de la porte une voix sèche m’a demandé si j’avais fini…. Fini quoi ? Je devais « restituer » leur engin. Mais, rien ne venait. Souvenez-vous j’étais à la diète et sous laxatifs depuis deux jours… Un quart d’heure plus tard, la porte s’est ouverte brusquement et là mon sympathique spécialiste de l’endoscopie digestive, le teint livide, m’a demandé de me lever de mon auguste siège. « Rien ! »
    Immédiatement, sur un ton inquisiteur : « Qu’avez-vous fait de la gélule ? » Je lui ai répondu, navré, que rien n’était venu !
    Il ne m’a pas cru !
    Alors d’autorité il m’a gardé une journée en milieu hospitalier, bien sûr pour raisons médicales… et recherches par son ordinateur soi-disant sophistiqué ! Aucun signal ! Aucune image ! Le silence radio absolu ! Rien ! Je suis même certain qu’ils ont fouillé mes affaires. Toujours pas de gélule, et je commençais à avoir sérieusement faim !
    Le surlendemain, un inspecteur de police est venu m’interroger. Pour leur enquête, j’ai décliné toute ma généalogie… Sans doute, pensait-il que je participais à de l’espionnage industriel… Le troisième jour, la gélule n’était toujours pas là !
    Après avoir passé quarante-huit heures en garde à vue, pour les nécessités de l’enquête, devant un juge, spécialiste dans la défense du territoire, (je crois), on m’a signifié ma mise en détention pour « vol par rétention » d’un objet classé je ne sais trop quoi…

    En prison, on ne rigole pas.
    Je me suis retrouvé à poil, avec « palpations diverses » pour la sécurité ! Puis j’ai dû passer dans un détecteur, une sorte de sas électronique…
    Et là, le bonheur de ma vie : L’alarme s’est mise à sonner !
    La gélule était retrouvée dans le méandre d’un tube digestif vraiment incontrôlable.


    Léo Biot -

     

    Partager via Gmail

    2 commentaires
  • Sans toi


    Sans toi ni loi
    Chercher le bonheur
    Enfin conquérir ton cœur
    Loin sur le chemin
    Dans l'oubli des petits matins
    S'étonner de n'être déjà plus rien
    Vomir toutes ses vieilles peurs
    Sombrer seul dans le malheur
    Sans foi ni loi
    Sans moi sans toi
    Mourir plein d'effroi

    Léo Biot.

    Partager via Gmail

    2 commentaires
  • Les assassins de la route !

    Je vais te salir Je vais te maudire. Je vais te vomir. Je vais t’insulter. Je vais te mépriser. Je vais… t’écrire :


    Je te rappelle les faits :

    le dimanche dernier, sur l’autoroute – en direction de Dunkerque… Tu sais Dunkerque, la ville de Jean Bart, Le fameux corsaire de Louis 14… Oui, sur cette autoroute qui traverse la Flandre française, où les gens sont réputés pour leur sang froid et leur calme… Tu as failli tuer, nous tuer, mon épouse et moi. Je roulais normalement à bonne vitesse sur cet axe très fréquenté. Ton copain, ou un concurrent, m’a doublé à vive allure par la gauche… et toi avec ton énorme voiture, surpuissante, tu m’as doublé par la droite, en même temps, en empruntant la voie d’urgence… Tu faisais la course et sans doute par orgueil, tu as triché, car tu n’es qu’un petit tricheur. Un médiocre, un bon à rien ! Tu ne t’es même pas rendu compte des risques que tu prenais. Comme un malade mental que tu dois être, tu as mis en danger la vie de plusieurs automobilistes – jeunes – vieux – hommes – femmes – enfants. Tu as failli répandre des douleurs, le malheur sur des dizaines de familles. Mais qui es-tu pour être aussi mauvais ? Mais, vois-tu pour des raisons qui me sont personnelles, j’ai été dressé à garder mon sang froid, j’ai bien réagi. Bien que pris en sandwich, aucune panique dans l’instant présent – Un léger coup de volant à gauche pour t’éviter. Pas trop brusque pour ne pas toucher la voiture de gauche, et toi, et l’autre fou vous êtes passés en trombe. Certes plus tard, une panique rétrospective m’a troublé. Pour un peu, je te dirais merci, car ce test m’a fait comprendre qu’à mon âge je n’étais pas encore pourri… moi ! Mais, toi, tu n’es qu’un lâche, qui se cache dans une voiture de luxe, où dans ta bulle dorée tu te crois tout permis. Sans doute possèdes-tu un super GPS intégré à cette voiture faite pour la course… Sans doute, comme d’autres as-tu repéré depuis un moment que les robots-flics n’étaient plus que la seule présence policière, digne de ce nom, sur nos routes. Alors, effectivement, quand on a si peu de morale, on peut tout se permettre entre deux robots… Impunité assurée !


    Parce que je suis impuissant devant la chienlit des routes, je ne puis te souhaiter qu’un accident, un vrai, où seul en cause, un bel accident, ton dernier, où tu vas agoniser de longs moments, où tu perdras ton sang goûte à goûte durant une désincarcération laborieuse, où tu appelleras ta mère, en pissant de peur. Et puis le monde sera délivré du piètre pirate que tu es…


    Je ne suis même pas certain que tu comprennes ces quelques lignes ; mais si au moins maintenant tu savais faire la différence entre un corsaire et un pirate….

    Je ne te salue pas.
    Léo – Biot -

     

    Partager via Gmail

    4 commentaires
  • Si j’avais 20 ans…

    Si j’avais 20 ans…
    Je ne culpabiliserais pas devant mes rêves,
    Le potentiel de ma jeunesse me donnerait
    Cette force invisible qui se perd avec le temps.
    Je contemplerais le monde avec admiration.
    Je ne me laisserais pas entraîner
    Dans les idées funestes des faiseurs d’évènements.
    Je préparerais mon sac d’espérance,
    Pour infléchir le cours des choses.

    Si j’avais 20 ans…
    Mes outils… je les affûterais sagement,
    Par mes doutes, ma réflexion personnelle.
    Personne n’aurait le droit,
    De penser à ma place.
    Personne n’aurait le droit,
    De parler en mon nom.
    Personne n’aurait le droit,
    De troubler ma jeune conscience.
    Personne.

    Si j’avais 20 ans…
    Je me ferais un devoir de ne jamais laisser
    Mon esprit s’enfermer dans des croyances convenues.
    Au tamis de mon contrôle,
    Je passerais toutes ces poussières mensongères.
    Je creuserais en moi un puits de vérité,
    Où la tolérance serait mon eau pure.
    Je me défendrais d’admirer toutes ces idoles
    Symboles d’égarements et de sottises.

    Si j’avais 20 ans…
    J’oublierais sans nostalgie,
    Un apprentissage global et dépassé.
    J’interrogerais d’un simple regard
    Le ciel, la terre et mes amis.
    Je remonterais le fleuve sournois
    Qui voudrait m’anéantir dans l’océan.
    J’aurais l’audace de reconstruire
    Des cathédrales de mon temps.
    Si j’avais 20 ans…
    Mais j’ai perdu mes 20 ans, dans le temps !

    Léo Biot

     

    Partager via Gmail

    4 commentaires
  • Tanka du temps perdu.

    Sous le vent trop chaud d’été,
    Les blés se couchent.
    La meunière attend
    L’enfant blond à la guerre.
    Flandre : Mes amours perdues !


    Tanka éclair

    Seul sous l’orage d’été,
    La peur prend mon corps.
    Je prie Dieu de m’épargner,
    Honte et remords.
    Déchirure céleste.


    Tanka d’été.

    Les douceurs de juin.
    Des senteurs de vacances.
    Images bleutées.
    J’aime l’oiseau enchanteur,
    La mousse sous le chêne.


    Tanka de la vallée

    Par Clermont-Ferrand,
    La Vallée et sa route.
    Princesse du blog,
    Sensible, déroutante.
    Tu es un soleil charmant.


    Tanka des pères

    Depuis l’origine des temps,
    Au nom du Père,
    Je m’incline devant Toi, Dieu !
    Au nom du Frère,
    Debout tous main dans la main.

     Léo * Biot

     

    Partager via Gmail

    2 commentaires



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires